Jeu de nuit

Étendu les bras en croix

Le plafond me regarde

Je lance mes yeux comme des dés

Ils clignotent sans que je ne sache

S’ils s’ouvrent ou se ferment

: quand je m’arrête, le jeu consiste à deviner

De quel noir est faite l’obscurité

 

Les palpitations repliées sur mon torse nu, le jeu ne marche plus

 

Je me suis bâti un sarcophage de couettes

Où j’attends qu’un prophète me rejoigne ;

Que des doigts somnambules qui grattent les couloirs

De ce labyrinthe dont nous aurons toute éternité

 

Statique

Un pas en avant, il oublie

Un pas en arrière

                                     le froid et les larmes lui montent

: il reste sur place et la mort le rattrape.

Alors l’ennui

                                          Arrive

  ; il faudra bien bouger.

Écriture automatique #2

Zérométrie organicomique des sens effleurés, par la pensée de ta peau qui me regarde en chien de faïence, vase clos de lèvres chine précieuse chine précieuse d’autres rivages plein de lèvres maudites et sérénade pour tes pères. Des avions serpents hantant les couloirs des temps passés, lorgnés par éclair odieux farceur ; l’enfer diluvien de plaines célestes, c’est les plaines désertes qui chantent l’horizon du plat et les montagnards s’y pendent en cochons farcis radiés des hauteurs qui les ont vu grandir : c’est pour s’élever un peu. Ça les descend. Ça redescend le niveau de la mer, ça dégouline du bord des fleuves aux mars de café tourista fluviaux bégonias tropicaux – chauds les marrons, chauds les touristes descendant de la pirogue. Ça dégouline les plaines sans pente. Sanpante sanpante nom de fleuve, de fleur, de manche de pantalon trop courte et ça mouille quand on met les pieds dans l’eau, éclabousse la mousse des lèvres écumante quand l’effort se fait sentir. Remonter le cours d’eau saumon paillette destiné muerte l’amigo, muerte mais beauté tu sais les écailles ça brille, c’est beau l’espoir, c’est beau l’acte. Même contrer la nature en fait partie, même la révolte en fait partie, même le contre est pour. Remonte, remonte, Gustave Doré remonte Remington en bandoulière tu aurais pu être autre. Saumon sur tes lèvres Gustave, saumon sur tes lèvres.

Deuxième mouvement pour concerto sans instrument, ni musique, ni sens, ni mot, ni filet que je coupe, que je coupe poétique mal placée trop de conscience j’écris mal placé me déplacer la tête en bas, écrire mal placé, mal placé pour écrire : je n’ai que dix doigts, il m’en faudrait cent ans.
Santant, santant, manche de chemise, non ? Champignon je crois poussant dans les bois au coeurs de bouses chamois. C’est l’essence forêt nature qui m’anime inconsciemment -et dire inconsciemment c’est déjà avoir conscience de la présence de l’imprésent, c’est terrible gouffre humain qui m’éloigne en pleurs des bois chéris. Des bois comme sont faits mes os, mes os de bois où pousse la fleur de ma peau.
La plaine verse l’eau à la mer, renverse la physique contre-pourlanature, les montagnes balancières enfantes et puis la mer deux dimensions. En fait c’est ça les bois c’est microcosme pour les sensibilité de mes muqueuses mousses d’épicéa poumons, c’est ça en fait que la mer ne me prends pas dans son remplissage : je suis déjà plein, j’ai cru au vide en ne voyant que les espaces entre mais : les fractales des mousses lunaires se développent selon les saisons et éponges des choses en moi comme tes larmes et tes rires – oui toi du début de quand j’ai voulu m’éloigner de ma conscience mais qu’elle me retient par les fils ténus que je ne comprends pas, pas prisonnier mais là et c’est toi qui est venue. Et je n’ai pas besoin de l’eau boule à neige, pas besoin de sa mémoire de l’eau stagnante houlante hurlante tanguante ; la croissance paisible et la mort lente suffit à mes sens et la chlorophylle que j’accepte couler dans mes membres. Je vois vert et c’est beau, je vois mousse rose et c’est beau j’entends mer et c’est loin, j’attends son d’arbre et c’est vie.

Écriture automatique #1

As-tu vu les origamis d’antan chantant le temps d’autres colonies, et tous les autres ramassis de conneries que tartinent des pages de PQ doux à motifs floraux (?) ; je rêve de tartines, de plage, de sable et de vent pour des dunes à pertes d’horloges. Du sable dans l’horloge et j’ai toujours haï le bruit des aiguilles qui n’a rien d’aigu.

Si tu tires sur la nappe un grand coup, peut-être que les couverts resteront tous en place et on pourront continuer à slurper la soupe comme si de rien n’était, comme si la télé n’avait pas annoncé des morts, comme si tout ça était normal et qu’aucun cuistot prestidigitateur à moustache n’agitait sa serviette pour dépoussiérer les mirettes. Vérole ressemble à un nom de champignon. Y’a sans doute des noms de maladies de pourriture de peau qui ressemblent à des champignons. Avec un peu de beurre, ça fond dans la poêle. Avec un peu d’huile, ça grésille. La différence, c’est comment on prononce « poêle » entre le sud et le nord de la France. Sans rien, ça fait un bruit de caoutchouc qui accroche. C’est rigolo, de faire cuire du cuir en plastoc. Je les préfère à la crème, à vrai dire. Y’a du sable qui dégouline de l’horloge et va encore falloir balayer. Quand y’en aura plus, on entendra encore ce sale bruit pas aigu, le bruit des couverts qui raclent les assiettes et tout un tas de conneries à travers des lettres et des baffles. Laissez moi le temps de dunes.

Même en écriture automatique, j’ai prolongé la fin parce que j’avais envie de boucler une conclusion à partir de toutes ces incohérence dites. Du coup la moitié est l’écriture automatique de fin sur une écriture automatique tout juste précédente. Mais je crois que c’est normal : le temps, c’est pas juste une chute toute droite après tout. Ça tourne en rond, pas vrai ?

On m’a dit

 

Un jour on m’a dit que j’étais quelqu’un de bien

Un jour on m’a dit que j’étais égocentrique

Un jour on m’a dit que j’étais bipolaire

Un jour on m’a dit que j’étais l’amour de sa vie

Un jour on m’a dit que j’étais un manipulateur

Un jour on m’a dit que je faisais peur

Un jour on m’a dit que je me sentais coupables de choses auxquelles je ne peux rien

Un jour on m’a dit qu’on ne m’aimait plus

Un jour on m’a dit que j’étais une chimère

Un jour on m’a dit qu’on m’aimait

On me dit toujours des choses, un jour ou l’autre

Un jour je me suis dit que ce qui comptait, c’est ce que j’en fais.