Jour 4 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Jour : 4

(J’ai finalement dormi quatre heures dans l’après-midi avant de repartir dans une nouvelle nuit blanche.)

Pourquoi j’accorde autant d’importance à relater les heures où ça se passe ? Déjà, parce que ça chamboule le compte des jours et je n’aime pas les dates (la rigueur de l’heure qui dit qu’on change de jour). Mais surtout : l’insomnie, c’est la pierre angulaire de mes états dépressifs. Ca dure depuis plus d’une dizaine d’années, depuis le collège : j’ai grandi dessus. C’est marrant, je ne voulais parler de rien d’autre que l’acte, et au final je passe plus de temps à parler de mon sommeil. Sans m’en rendre compte, naturellement, comme étant quelque chose de très important dans ce processus de défi.

Mise en contexte ou justification détournée ? Diversion en tout cas : peu importe le moment et mon sommeil qui s’efforce de se faire remarquer par son absence, ce qui compte c’est l’acte et ce qu’il provoque.

J’ai eu la sensation, ce soir, d’être capable de pouvoir soutenir mon regard plus longtemps. Comme si le miroir devant moi était moins en deux dimensions qu’à l’ordinaire, plus réel. Peut-être est-ce du aussi à ma journée pleine de très bons pics de productivité, rendant les choses plus facile par satisfaction.

Je me suis regardé longtemps. Au début, alors que les mots allaient sortir, c’est resté bloqué une première fois. J’ai préféré ne pas forcer. Alors, je me suis regardé longtemps. Cinq minutes, peut-être moins. J’ai changé de position : en collant mon dos au mur pour redresser les épaules, les bras croisés, et garder la tête droite (j’ai fait ça à cause de l’impression d’avoir un sourcil plus haut que l’autre, pour vérifier, je ne l’avais jamais remarqué).

Je me le suis dit en le susurrant. Une presque sensualité qui m’a surpris moi-même. Je l’ai dit une deuxième fois, sur un ton qui se veut rassurant. J’ai essayé de tenir mon regard un peu plus longtemps, juste après, mais j’ai senti qu’il y avait un quelque chose dans cet acte auquel je n’étais pas encore prêt.

Je m’y reprends à deux fois car je sens une forme de distance, comme si une barre de pourcentage affichait le degré de présence et d’appartenance dans les mots dits, et que celle-ci n’était pas encore tout à fait complète.

2 commentaires sur “Jour 4 – Je m’aime, moi non plus

  1. Il ne faut hésiter à divaguer sur quelques épisodes extérieurs à « l’acte ». C’est d’autant plus intéressant de comprendre comment le phénomène évolue dans votre quotidien.

    1. Je le fais parfois par la suite, quand ça fait un écho direct ou que ça semble utile. J’avoue qu’au reste de la journée, il y a peu souvent de répercussions directes (et il est dur de faire attention en permanence à ses micros-gestes).
      Merci pour la piste et le commentaire !

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