Jour 9 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Quelque chose s’est brisé, d’une certaine façon, hier. Les autres. Hier m’a subitement exposé aux autres. Pour la première fois j’ai parlé de ce défi, à haute voix, pas seulement à l’écrit. Ce que j’avais réussi à contenir le premier soir s’est écroulé, j’ai pleuré en en parlant. Tout hier m’a ramené aux autres, m’a ramené à mon propre processus de guérison et actuellement, de reconstruction. Mais quelque chose s’est brisé, dans la tranquille intimité qui s’installait, pour la première fois, avec moi-même. Le fait que j’y arrive me montre tout ce que j’ai déjà réussi à parcourir. Et pourtant, il y a deux jours cette idée de « se cacher » m’a rattrapé. Je l’ai suivie sans trop penser aux conséquences ; j’ai suivi mon intuition. Jusque là, où arrivent les autres. Ceux dont je me cachais, que je les connaisse, aime ou non, et je ne peux que constater que la moindre brise venant d’eux suffit à battre les cartes de mes pensées. Ça me fait peur. À cause des comparaisons, à cause de ce que je projette sur eux ou voudrais, à cause de ce que je renvoie, ressemble, de ce qu’on pourrait penser, de rêveries, de ma place là-dedans.

Je suis mon intuition et je sais qu’elle est juste – j’arrive bien à la suivre quand j’écris des poèmes, alors j’applique la même méthode à cela. Elle m’a menée aux autres, elle m’a rappelé que c’était à ce sujet que restait, résistant, un foyer de problème à régler. Mon rapport aux autres.

Ce qui me perturbe, c’est simplement ce sentiment de brisure, de changement dans la donne du projet que je n’avais pas anticipé. L’impression de n’être qu’un pantin – face à moi même, dans le miroir, celui auquel en image j’ai prêté par le passé tant de mauvaises intentions. Mais surtout, subitement, face aux autres, dont je n’arrive pas à comprendre pourquoi la simple présence modifie la grille de mes pensées.

L’impression, donc, d’un retour en arrière et qu’il s’agit désormais, à travers ce miroir qui semble avoir gagné une dimension de plus, de retrouver le fil du jour 7 pour continuer à consolider cette bulle intime, seul, ce sentiment de complicité et de secret avec moi-même naissant. Réussir à le faire au milieu des autres cette fois-ci, y exister et non m’y terrer.

En jour 7, je m’étais rappelé que j’avais un miroir de plein pied. (Et je m’étonne encore une fois de la pertinence des idées que j’ai eu ce jour 7. Bien qu’elles me sortaient d’une zone de confort qui s’ébauchait à peine, pour me mettre dans un état plus difficile, toutes les idées étaient en fait raccordées entre elles sans que je n’aie eu conscience du projet inconscient pour moi-même – et je lutte contre mon affliction pour ne pas écrire contre. Je choisis encore mon camp entre approche positive et négative.) Me regarder en entier dans un miroir de plein pied.

Large pull pour cacher. Je ne croise pas les bras : ma main droite est venue automatiquement s’accrocher au poignet gauche. (Les cerveaux droit et gauche qui se parlent, celui de la raison qui veut s’accrocher et empêcher les émotions, posture de fragilité selon mes souvenirs d’analyse gestuelle.)

Je me souviens avoir eu un frisson, comme ceux qu’on a quand on a froid, mais sans avoir froid. Dur de se voir autrement que comme étranger. (Note de correction : deuxième fois que je vois un « se voir » qui devrait être un « me voir ».)

Je me souviens l’avoir dit deux fois, avoir eu un rictus-sourire compatissant-gêné, comme au début.

C’est tout ce dont je me souviens, en revenant j’avais écrit le pré-texte, mais suis allé me coucher avant d’avoir fini mon compte-rendu précis. D’un côté, j’ai peur de ces oublis, c’est souvent là où peuvent se cacher des gestes ou des pensées plus dures que les autres. D’un autre, je sais que ce n’était pas un moment facile, mais rien de terrible ne s’y était glissé. Principalement trop de fatigue.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s