Jour 10 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Il est plus tôt qu’hier – qui était déjà plus tôt que la veille. Mal de dents depuis hier.

Je me dis que ce soir, je veux retrouver l’intimité du miroir de la salle de bain, j’hésite et finalement je me vois, en passant avec ma brosse à dent, dans le grand miroir. De loin. Je me vois de loin et je vois ce visage triste. Je ne me sens pas particulièrement triste, pourtant. Du tout même. Pâle. Visage qui a besoin d’un peu de joie, je crois. Je le ressens ce besoin, mais il n’est pas prédominant, pas criant. Il est là, simplement lointain lui aussi, avec un ticket à la main pour attendre son tour.

Alors je me rapproche de moi en allant lentement.

À moins de cinquante centimètres.

L’autre jour, c’était un visage enfantin. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas mais ce n’est pas non plus le visage de tous les jours. Il a une aura étrangère. Je le redécouvre encore sous un autre jour. Il me semble avoir la passivité de mes jours de lycée, de mes seize ans, mais avec dans le regard la lueur plus dure de mon âge, plein de tout ce qui s’est passé entre-temps. Je ressens un temps qui passe lentement, je reste planté là longtemps et je sais que si je ne me force pas, ça ne sortira pas. Ce visage hybride, comme bloqué à mi-chemin dans sa transformation de voyage temporaire vers mon adolescence. Une étrangeté que j’admire presque.

Je finis par le chuchoter si peu fort que mes oreilles elles-même n’ont pu l’entendre. Ce long round d’observation, de jeu d’inconnus qui se regardent sans se voir, trop perdus dans leurs propres pensées. Je l’affirme plus fort. Affirmer est le mot exact. (Les intonations qui me viennent me surprennent encore).

Comme un sentiment de gratitude monte en moi. Timide mais présente. Je repense à tout, tout ce qui a fait ce moi au cœur adolescent brisé. Je n’arrive pourtant pas, là tout de suite à tout concevoir, pas en me regardant dans mes yeux, ça me semble « trop », mais c’est là, à portée de main. Je n’ose pas. Pas aussi frontalement, comme ces mots qui tout à l’heure n’étaient pas prêts à sortir.

Lui particulièrement aurait mérité et mérite d’être rassuré. Je pense que je le verrai à nouveau, considérant l’avoir aperçu et serré la main.

Merci.

 

 

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