Jour 12 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Hier, je commençais en disant que je n’avais que peu de pensées durant le brossage de dents, trop fatigué pour ça. Hier j’écrivais pourtant un des articles les plus longs. C’est sans doute pour ça aussi que dans ces comptes rendus, je chercher à préciser mes mots et à ne pas trop laisser s’élargir mes pensées. Dans l’introspection, ici écrite, il faut utiliser le texte uniquement comme l’autre côté d’un miroir, car avant même de commencer j’ai su que tout se passerait seulement en moi, qu’il ne faut pas se fier à l’écrit qui aime prendre son indépendance par rapport à soi.

Ce que l’on avance comme certitude ou jugement s’amuse bien trop souvent à nous faire mentir. C’est pourquoi il est important ici d’en rester à la constatation, se contenter de soulever certains fils – de trouver les bons. Chaque mot de trop serait mauvaise littérature, comme se regarder dans le miroir trop longtemps pour rien, comme je le disais hier, chaque mot en trop serait justification malencontreuse de la non-assurance de son propre droit de parole et de vie, finalement : tout à fait comme ce premier paragraphe.

Ceci étant dit.

Aujourd’hui je n’ai pas eu le temps. J’ai réussi à sortir, avec un but-prétexte, et en profiter pour prendre l’air.

Je me suis retrouvé dans les rues des quartiers que j’ai lourdement fréquenté ces dernières années. Au sortir du cinéma, la nuit de la ville. De la grande ville.

Là où par habitude mon regard s’accrochait sur les vitrines trop connues, les bus, les gens surtout, les visages et démarches hypnotiques et vampiriques des gens, cette fois je regardais plus loin. Au lieu de simplement voir les toits comme les barrières du ciel, comme ce qui bouche, je les ai vu comme des rampes vers le ciel. Ces dernières années je ne voyais plus que les toits, je les maudissait de cacher ce ciel sans voir qu’il était encore là.

J’ai regardé au loin et j’ai vu les lumières des voitures, sur les grands boulevards – ribambelles de flashs jaunes et rouges. J’ai eu la sensation de redécouvrir la première fois que je me suis retrouvé dans une ville, exactement la même pensée qui m’étais alors venue. J’avais oublié cette vision, ces files de lumières vacillantes.

Voir les espaces entre les choses plutôt que ce qui est trop plein-pressant.

Quand je suis rentré le soir, je me suis endormi sans manger, trop crevé.

Le seul miroir vu ce jour, ce fut dans le métro. La vitre du métro. Accroché à la barre je me suis vu, diaphane sur les couloirs sombres des métros qui filent, superpositions des visages pâles des autres dans les reflets. Je me suis regardé au milieu de la vie. Cette vie là. Cette vie que je ne veux plus. Si je m’en sens étranger à cet instant, je me vois également dans la vitre être en train m’en éloigner, tout plein encore de certains réflexes de la vie souterraine.

J’ai pensé à le dire, ou au moins, à le murmurer – face à moi dans le miroir au milieu des gens – mais je me suis senti trop bête. Trop bizarre et étrange – j’y repense, je chanto-murmure souvent en marchant dans ces couloirs, à voix basse. Je vois bien là le non-fondement d’un tel sentiment.

Je n’ai pas pu, mais me croiser de manière si inattendue dans un autre lieu que ma salle de bain m’a surpris, dans le sens où je n’ai pas eu le sentiment de voir un étranger. Chose qui m’arrive d’ordinaire – se voir étrangement. C’était bien moi, et peu importe de ne pas avoir eu les mots dans cet endroit si chargé en mauvais souvenirs : j’étais bien là où j’étais et je me suis reconnu.

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