Bilan mi-chemin – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

J’ai l’impression, à la moitié de ce défi, d’avoir besoin de faire un point sur ce qu’aurait pu être ce projet, un an, trois ans auparavant.

Il y a encore quelques mois, je crois que je n’aurais pas pu aussi facilement. Ce défi tombe dans une bonne période : je me sentais dans une démarche similaire en le trouver. Il y a quelques mois, je serais sans doute, chaque jour, resté plus d’une dizaine de minutes à me fixer dans le blanc des yeux, mi-désespéré mi-amorphe, à mobiliser toutes mes forces pour ne pas me sentir imposteur de tout ces efforts auxquels il aurait fallu me convaincre. Je n’aurais, je pense, à peine réussit à faire bouger mes lèvres pour me le dire. Mais j’aurais tout donné pour le faire tout de même.

Il y a encore un an, je n’aurais pu le faire avec régularité. J’aurais abandonné au bout d’une semaine, là où précisément j’ai eu une difficulté en jour 8, ou au bout de dix jours, là où présentement j’ai tenté d’autres perspectives. J’aurais envoyé tout voler, j’aurais tenté des choses étranges. Je me serais provoqué, j’en aurais rajouté, j’aurais assumé jouer, faire faux. J’en aurais fait trop. J’aurais exagéré mes crises d’insomnies pour me forcer à avoir une sale tête – et me le dire, pour me discréditer dans mes petites réussites.

Il y a trois ans, le simple regard dans le miroir n’existait qu’avec violence. Je me serais haï. J’aurais vomi les mots qu’aujourd’hui j’arrive à m’avouer, à prendre délicatement dans mes lèvres pour ne pas les briser. Je les aurais craché, balancé comme un vase de cristal, pour me provoquer à le récupérer sans le casser. Je me serais coupé dessus à jongler indéfiniment avec les morceaux. J’aurais retroussé les lèvres, pour montrer les dents. Froncé les sourcils. J’aurais collé mon front au miroir, pour me provoquer à me battre. Je me serais haï, en croyait jouer à me haïr, juste pour voir quelle tête ça me fait. Me faire réagir. Croire se voir avoir l’air fort, alors qu’on se contente de se remplir de haine, combler ce qu’on croit faible par un trop plein de force. La violence silencieuse, finalement. Situations ridicules de provocation envers moi-même, de dégoût, de pleurs en réalisant fugacement ce que je faisais. Les yeux rougis et les pleurs qu’on ravale avec encore plus de rage, pour tenir le coup. Le ridicule de ces scènes – et on réalise le ridicule, on s’en culpabilise. J’aurais cru perdre les pédales en voyant ces regards, et j’aurais perdu les pédales, je me serais sans doute frappé, des poings sur le crâne, les côtes, la mâchoire.

Tout ça est déjà arrivé, face au miroir.

Alors voilà ce qu’aurait provoqué me dire je t’aime, dans le passé. Pas besoin d’expliquer pourquoi, pas besoin de justifier ce que je fais aujourd’hui et ce que je faisais.

L’instant où on revoit ces images est crucial. Je peux y penser avec culpabilité, avec peine, avec tristesse envers moi-même. Je peux trop me concentrer sur ces scènes, ne voir qu’elles. Là à cet instant, je fais le choix de voir tout ce que j’ai parcouru, et j’en suis fier.

Je pense à ajouter un « et bien que cela me pèse», mais je préfère aller plus loin, ne plus nuancer mes sentiments positifs. Me libérer de ce poids.

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