Jour 15 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Je me couche plus tard ce soir. L’impression d’une accalmie entre ces derniers jours mouvementés, et des jours à venir qui le seront également. Je me couche tard car j’en profite pour faire le point avec moi-même. Avant d’aller me brosser les dents – il faudrait, un jour, que j’utilise plus facilement le bon mot, et non pas cette périphrase « me le dire » – j’en profite pour relire mes derniers articles.

Décroiser les bras. L’air fatigué mais paisible, presque souriant. Encore un peu de vide et de perdition dans les yeux, mais de mes joues et de mes lèvres part ce qui commence à titiller les yeux. Un visage plus apaisé. J’essaye de faire attention, ces jours-ci, à moins froncer les sourcils. J’ai l’impression que ça se ressent. Je décolle mon dos du mur, ce que j’ai fait tous les autres soirs. Je ne m’approche pas autant du miroir que j’ai pu le faire non plus, en m’auscultant littéralement de trop près. J’ai la sensation de me prendre dans les bras. Je sens mon épaule contre mon épaule. Je me prends dans mes bras. C’est ce que je vois dans ce miroir, cette sensation étrange de se sentir serré contre soi-même, de ce qu’on pourrait ressentir si je serrais quelqu’un dans mes bras.

Je t’aime.

Je le dis plus fort – ça décline un peu sur la dernière syllabe, mais c’était bien plus fort, sans mouvement de visage, droit dans les yeux. Ça ne sort pas encore de la gorge mais c’est plus fort, comme si ça se préparait à le faire.

10 commentaires sur “Jour 15 – Je m’aime, moi non plus

    1. « Trop s’aimer », je comprends la peur du narcissisme, mais elle peut aussi enfermer les gens. On accepte souvent de dire qu’on doit s’aimer pour pouvoir aimer quelqu’un d’autre, pas de se dire qu’on doit pouvoir suffir.
      Qu’on soit clair, on part là d’un stade où l’on se déteste. D’ailleurs il ne s’agit pas de gagner par cette occasion une estime comparative, dans le but de se placer au-dessus des autres, de se perdre là-dedans à trop se regarder, simplement de gagner de la confiance pour s’accepter et être l’égal des autres… Donc vraiment, non, aimez-vous, il n’y a aucun mal à ça. S’aimer ça ne veut pas dire se voiler la face et se croire mieux, croire qu’on peut faire des choses qu’on ne peut pas. Ca veut simplement dire donner le meilleur de soi, ça serait triste de se contenter du minimum « suffisant », non ?
      Mais peut-être est-ce simplement parce que s’aimer vous évoque le passionnel, l’amour sans modération, auquel cas nous n’avons simplement pas la même définition de l’amour.

      1. Accepter l’amour des autres aide aussi selon moi à s’apprécier soi-même … Je crois que c’est bien de passer par l’altérité dans ses rapports avec soi-même.
        Sinon, effectivement, si on part d’un stade où on se déteste, la solution du miroir est peut-être celle qui convient.
        Mais certaines psychothérapies peuvent aussi aider à récupérer de l’estime de soi.

      2. Tout le monde n’a pas besoin de la procuration des autres, pour certains c’est plus une difficulté qu’autre chose… (Certains aimeraient et ne l’ont pas, c’est assez malvenu de dire ça.)

        Oui bien sûr, mais ce n’est pas une psychothérapie là et ça ne veut pas dire qu’il faille nécessairement en faire une.

        Qu’est-ce qui vous dérange là-dedans ?

      3. Rien ne me dérange, je m’interroge juste sur votre démarche … sur son efficacité, entre autres … Votre démarche pose la question de l’identité et de la connaissance de soi qui sont des sujets très passionnants … Mais je ne vais pas vous ennuyer plus longtemps ! Bonne soirée !

      4. Ma question n’était pas agressive, la discussion est intéressante…
        Sur l’efficacité, je pense qu’il n’y a que la personne qui le fait qui peut juger, qu’il y a des personnes que ca aidera énormément. Vous avez parlé de psychothérapie, c’est le genre de chose qu’un psychothérapeute encouragerait (ce n’est pas le cas ici, mais dans toute démarche dans ce domaine, vous savez, c’est ce que le patient met en place à côté qui compte parfois plus que les séances en elles-mêmes, enfin je ne connais pas vos connaissances dans ce domaine…)
        Et à part pour des personnes en trouble narcissique, ce genre de démarche ne pourra jamais rien provoquer de négatif, l’efficacité dépend de ce que la personne en tire. Et elle n’est pas cantonnée à un cadre médical…

        Et oui, ce qui m’intéresse surtout ici c’est la construction dans le cadre du quotidien d’une identité et du corps ; je ne cherche pas à raconter ma vie en écrivant ici, ni à dire ce que j’en tire concrètement, les simples réactions physiques et constats de comment on se sent suffisent.

        Mais du coup je veux bien comprendre pourquoi pour vous il y a besoin nécessaire de passer par les autres pour ça (après tout, je poste tout de même ici donc c’est l’occasion). L’impression qu’on ne peut que tourner en rond avec soi-même ?
        (et pour la psychothérapie j’ai sans doute mal intérpreté de votre part une forme de pudicité quant à ces sujets.)

      5. C’est que j’ai eu moi aussi des problèmes d’estime de moi, il y a une vingtaine d’années, et la thérapie avec une analyste a été très utile … A mes yeux, quand on ne s’aime pas c’est que les autres ont été toxiques, vous ont écrasé, ou ignoré c’est pour ça que ça a été efficace pour moi de chercher à mieux m’entourer, de chasser les influences négatives …
        C’est vrai que vous seul pouvez juger l’efficacité de votre méthode mais je sais que de mon côté un miroir ne peut pas m’apporter beaucoup de réconfort.

      6. Je comprends beaucoup mieux votre point de vue du coup oui…
        A vos yeux effectivement, l’importance de bien s’entourer est capitale bien entendu, je n’aurais pas exactement la même approche que vous à ce sujet cela dit ; ensuite, on rentre dans du cas particulier (ou des « types » de personnes où même bien entourés ca ne s’arrange pas pour eux, dur donc de faire des généralités à propos de situations.) et c’est pour ça que je me contente d’écrire sur les sensations devant le miroir et à ne rien dire de plus.
        Mais du coup merci aussi d’échanger sur l’angle d’attaque différent d’aborder ce genre de chose…

        Ce que je fais n’est pas réconfortant. C’est même plutôt dur par moment. Tout l’intérêt est justement de se confronter à soi pour essayer de devenir soi-même une zone de réconfort, ne pas se relayer entièrement sur les autres pour le dire d’une autre façon. De transformer cette chose qui n’est d’aucun réconfort et même plutôt douloureux en s’apprivoisant.
        Je ne vise pas particulièrement une efficacité, ni ne vend ça comme une méthode universelle qu’il faut faire, c’est juste une expérience que je tente le plus sincèrement possible.

        Ps: psychothérapie et analyste, ce n’est pas exactement la même chose me semble-t-il

      7. C’est vrai, on ne peut pas généraliser et ce qui a marché pour moi ne sera pas forcément bon pour quelqu’un d’autre …
        Je ne veux pas dire non plus qu’il faut compter uniquement sur les autres pour progresser mais pour se connaître soi-même le regard d’autrui est très utile.
        J’avais remarqué que votre confrontation au miroir semblait difficile par moment – j’ai bien aimé d’ailleurs certains de vos textes.
        J’avais une psychothérapeute qui était également psychanalyste et psychologue, c’est pour ça que j’emploie ces termes indifféremment …

    2. Impossible de trop s’aimer soi-même! C’est même à mon avis le but de nos vies; faire un avec cette énergie qui nous guide intérieurement. L’aimer tant, qu’on passerait l’éternité avec elle. Ressentir sa présence au quotidien. (Je ne parle pas de religion soit dit en passant, n’adhérant à aucune).

      Le geste de se dire « je t’aime » face à son reflet, connecter avec cette énergie qui nous habitera toute notre vie, lui signifier qu’on l’aime et qu’on est conscient ne pas pouvoir vivre sans elle, c’est un geste noble et d’autant plus courageux pour quelqu’un qui s’est peut-être trop longtemps rejeté. Quand, en plus, la personne qui le fait reste objectivement à l’écoute de se qui se passe en elle, je pense que cela ne peut qu’apporter quelque chose de positif. Se caresser aussi avec autant d’amour, sinon plus, qu’on le ferait pour un autre. Comment espérer que quelqu’un d’autre aime ce qu’on m’aime pas soi-même!

      Les autres, ils sont partout, trop souvent dans leurs jugements. Attendre après les autres pour s’aimer, c’est comme attendre chaque jour que quelqu’un vienne nous chercher pour nous amener à notre travail.

      Si j’ai besoin de toi (l’autre) pour m’aimer, alors tout ce que je ferai sera dans le but de te garder, car j’aurai besoin de ce regard que tu porteras sur moi et que je n’arrive pas à avoir seule face à moi-même . Aimer, ce n’est pas cela. En m’aimant moi d’abord sincèrement et avant tout, mon propre regard sur la vie et sur les autres s’en trouvera changé, transformé. Car rien ni personne ne pourra jamais me l’enlever. Plus on s’aime soi, plus on est conscient qu’on n’est jamais seul. J’insiste: jamais. Quand on se sent seul, c’est qu’on s’est déconnecté de notre univers intérieur. De même, si j’ai besoin du regard des autres pour m’aimer, c’est que je ne suis pas (encore) connecté sur cette énergie intérieure qui donne un sens à ma vie.

      Un jour, quelqu’un m’a dit « quand ça ne va pas, que tu es fâché, force un sourire et tu verras qu’il est très difficile de rester fâché, même en forçant ce sourire. » C’est vrai! Ça fonctionne. Si dire je t’aime est une tâche ardue au début, peu importe. L’important est de le faire jusqu’à y prendre goût et de le ressentir dans toute sa forme. Jusqu’à ce qu’un jour, dans ce miroir, on voit et ressente réellement qu’on n’est pas seul. Jamais. Quand cela est bien intégré (et cela peut en effet prendre du temps, si on s’est rejeté très longtemps) alors on ne se limite pas dans le nombre de « je t’aime » qu’on se dira à soi-même, avec ou sans miroir, à voix haute ou en pensées, car on ressentira cette force, cette lumière qui nous guide, à tout instant.

      Bien sûr une personne peut consulter un thérapeute (peu importe le type), mais consulter sans mettre en pratique dans son quotidien, c’est comme avoir un abonnement dans un centre de gym et d’y aller une fois par 2 mois. L’important est ce qu’on en fait. Je trouve vraiment courageux et important le défi de Bastien.

      Je dois m’arrêter ici car je dois aller travailler. Bonne journée à tous! ❤️

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