Jour 22 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Je crois que j’ai peur.

Dans le fond, il n’y a peut-être que ça qui me fait avoir ces comportements de répulsion et d’attraction envers la routine, faisant que je n’arrive pas à la saisir. Je ne sais pas comment me placer par rapport à ma propre façon de gérer ma vie. Et je sais, pour être passé là à travers d’autres domaines, que cette période de transition où l’indécision, l’incertitude, peut prendre fin.

Actuellement, je ne peux que constater – et ressentir – le fait que je retarde, que je n’arrive pas à caser « naturellement » l’instant de me dire je t’aime. J’aurais beau vouloir trouver à ce fait de multiples explications, sentimentales ou inconscientes, dans le fond il n’y a qu’une forme de peur.

Il y a l’inexpérience dans l’apprentissage de s’aimer, bien entendu. Il y a aussi la peur que le défi se termine, d’être à nouveau lâché dans la vie de tous les jours, sans n’avoir plus de cadre pour m’aider.

Que j’oublie tout ce que j’ai commencé, par inadvertance, insouciance, que la peur de le faire qui existe maintenant, balaye totalement l’envie de continuer à garder ça en moi. J’ai peur d’arriver jusqu’au bout, et de me contenter de la satisfaction de l’avoir fait. Tout comme j’ai eu peur au milieu du défi de ne pas réussir à pouvoir le finir (même en s’interdisant formellement l’option, elle se tapit toujours quelque part en nous). J’ai peur d’y arriver totalement, de ce que ça implique d’être. J’ai peur d’être vide, de ne plus avoir assez de base solide sur laquelle avancer. Peur de laisser partir un passé, dont je sais pourtant tout le bénéfice de m’en débarrasser (le regard du passé qui se pose sur soi, tapit lui aussi dans le miroir).

J’ai peur d’avoir peur, surtout, parce que je sais qu’elle seule peut annihiler mes efforts. Peur d’écrire ces mots. Et pourtant, il y a comme des discours qui résonnent en moi, des mantras selon lesquels toute peur ne peut être totalement mauvaise, que seule la volonté la plus forte résistera. Ce n’est pas une peur panique, qui me domine, c’est une peur qui me ralentit, qui produit sa légère érosion stalactite.

C’est à cause de cette légère peur que je ressens ce soir, qu’en allant face a miroir, je pense à faire demi-tour pour aller écrire ces mots – une forme de désespoir à l’idée que je pourrais oublier ces pensées à propos de la peur. Je les ai écrit tout de même, après, et je me demande si quelque part je ne me suis pas laissé influencé pendant la séance du miroir.

Était-il bénéfique d’exprimer cette peur ou non ? Je pense que oui. Les mauvaises pulsions doivent sortir aussi, sans me dominer dans mes actes. Trier ensuite. Répéter, encore et encore, chaque jour. Améliorer. Composer, avec tout l’existant.

Je n’arrive pas à aller face au petit miroir. Il me semble avoir besoin de recul. Il me semble que je n’arriverai pas à me voir aussi près. La sensation n’est pas violente, elle exprime simplement un blocage. Il faut éviter, là tout de suite en écrivant, toute forme de culpabilisation (par rapport aux incapacités, de manière générale). Comme une balance où le choix peut se transformer en positif comme en négatif.

Face au grand miroir, je me balance en tête des grands discours personnels, à propos du changement de soi, à propos du droit au changement, de la possibilité d’être différent, d’évoluer tout en restant toujours la même personne, une nouvelle personne – de ce qui est en nous, avant, maintenant, et qui sera toujours. Le droit à l’oubli de certaines périodes de sa vie ; après les avoir revues, mâchées, comprises, intégrées. Il a toujours des choses à comprendre mais : le droit au pardon, à pouvoir être, aujourd’hui.

Je le dis à haute voix, ce je t’aime. Je ne fuis pas. Je le sors de ma gorge. Pour la première fois, ma voix. Croassante, grave, sortie de caverne cassante. Je me vois dans ce miroir plus mal éclairé que l’autre, la peau presque verdâtre. J’ai réussi, j’en repars presque blessé. Dans les deux secondes qui ont suivies mes mots, j’ai eu un frisson de froid-sans-froid et, à l’intérieur, comme le sentiment que mon cœur se faisait aspirer. Comme une chute en moi. J’ai réussi.

Je n’avais pas pensé à le faire, là maintenant, comme ça. Je me suis senti pressé, presque acculé par cette peur – qui ne s’en va pas encore tout à fait, mais qui s’atténue peu à peu à force de poser des mots.

Ce n’était pas particulièrement réussi – le fais-je pour ça ? – mais je l’ai fait : ma voix est sortie, un peu comme celle d’un autre… Mais face à tout ce que j’ai dit-ressenti plus tôt, je préfère le voir présentement comme la meilleure preuve digne d’espoir et de volonté, pour continuer à me battre, à faire bloc. Pour toujours même si ça fait peur. Pour toujours.

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2 commentaires sur “Jour 22 – Je m’aime, moi non plus

  1. Bonjour, Je n’ai pas lu tous les jours de votre projet, seulement celui d’aujourd’hui. Il y a quelques années de cela, j’ai commencé comme vous, par me dire Je t’aime chaque jour devant un miroir. Dans mon expérience, le dire n’était pas difficile. Me regarder dans le miroir avec bienveillance non plus, sauf que je ne ressentais rien de particulier. Et en même temps, c’était le début d’un processus, une des actions qui m’ont amenées progressivement à me le dire avec le cœur, et non plus avec la tête. Et c’est à ce moment là que cela a fait une grande différence pour moi. Quand je ne suis pas au top, quand la vie est difficile, quand le résultat de mes actions n’est pas au rendez-vous, je suis capable de me dire sincèrement que Je m’aime et en vérité cela veut dire que j’éprouve de la compassion pour moi. Je te souhaite la même évolution car le bonus, c’est que plus tu es capable de t’aimer pour le meilleur comme pour le pire, plus tu es capable d’aimer les autres comme ils sont et plus ils sont capables de t’aimer comme tu es.

    1. Je relis ce message, qui m’avait touché mais auquel je n’ai visiblement pas répondu… Bah ça me touche toujours et ça fait toujours autant écho. Avoir de la compassion pour soi c’est.. simplement essentiel dans la vie. Encore merci

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