Jour 23 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

J’avais, plusieurs jours auparavant, rencontré mon moi adolescent. Il y a, lorsque je veux faire des choses, souvent cette pulsion d’insomnie qui me pousse – ou me retient. Le besoin de déconnexion par la fatiguée, usée presque comme une drogue, vient faire taire les peurs et se contente de me faire foncer tête baissée. Cette déconnexion, elle date d’avant, je la remonte à la pré-adolescence. L’enfance, en tant que telle, me paraît loin et pourtant, plus je vieillit plus elle m’apparaît pleine du mystère le plus simple que je connaisse.

Dans le miroir, dur de parvenir à retrouver l’image de ce pré-ado ou cet enfant que j’étais. Chercher dans les yeux, fouiller les couches d’années que je cache à moi-même. J’ai besoin, je le sais, de trouver et d’embrasser cet enfant intérieur, apeuré de tout ce que j’ai pu lui faire subir. Il est peut-être caché car j’ai voulu l’en protéger, qui sait. Je ne m’en sens pas encore assez proche pour le savoir.

C’est l’après-midi, la brosse à dent est rangée. Je comprends que pour ressentir des choses positives il faut se donner le moyen de faire des actes positifs, juste pour soi. Même si ça semble insurmontable. La culpabilité de la veille contre laquelle j’ai du lutter, à cause de l’acte manqué.

Je viens me voir au petit miroir, avec l’air d’avoir besoin de parler. Je me perds cependant une minute en pensant à autre chose, je perds l’importance de ce que j’allais dire, avant de me reprendre.

J’ai besoin de m’adosser au mur, volontairement pour une fois. Je croise les bras, aussi, pas par réflexe : besoin de prendre du recul.

Par la porte ouverte, j’entends la musique que j’ai laissé tourner. Gymnopédies. Je ne retrouve pas ce pré-ado que j’étais. Comme une hypnose instantanée, à regarder mes yeux mes pensées divaguent tout de suite, ne voyant plus rien.

Je le dis à nouveau à pleine voix. La fin de l’intonation fourche en plus aiguë. Comme si c’était une question, ou une petite souffrance de l’attente de réponse. Ou simplement se voulant intimement rassurante, je n’arrive pas à déterminer. Aucune expression sur mon visage. Je sens à nouveau cette petite vague de froid qui me prend, sans tremblement cette fois-ci. Je n’arrive pas non plus à déterminer si c’est une sensation rassurante, qui se fixe comme quelque chose qui glisse lentement sur mes épaules, ou autre chose. Je n’écris qu’une seule explication en tout cas, bien que je ne la sente pas seule, c’est la seule qui me vient. Que je veux bien voir, que je discerne au milieu du potage de ce que je ressens.

Quelque chose de pensif en moi.

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