Buttes Chaumont

 

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Des temples et des jungles – Extrait

Extrait d’un bien plus long poème, presque incantatoire, Des temples et des jungles :

De petites pierres dans de petites poches

Et des petits souvenirs-trésors où s’agrippent doigts vieux

Cicatrices de marbres, cicatrices, les veines

Chacun s’est vu être temple, et l’on s’y retrouve tous

Lors des pleines lunes, des soirs sans ciels et des soleils blafards

Et toutes les déclinaisons d’adoration se déclinent

Se déclinent et déclinent les chutes de fluides de nos yeux aux sols

Partout les temples à travers les terres

Se concentrent en long chant petrichor, mille fantômes

Adorent une déesse à travers les siècles

Mille spectres imprègnent un seul temple

Un seul temple et des mains qui font sens

Un temple froid

Qui ne vit que pour être visité

Qui n’est érigé que pour être habité

Par sa présence passagère

– les regards vers le haut, les soupirs

Une chaleur qui ne s’explique pas, la présence

Oui, sa présence,

Nos corps sont un temple que la déesse parcourt.

*

Pourquoi les jungles  ? Hostiles les jungles

Tropicales, lourdes, inquiétantes même de jour

– les mouvements des feuilles  ; mortelle végétation à dents –

Mais naturellement : car la fièvre

Les jungles car la fièvre

Parce que nature dépouille, détrousse les biens

Quelques poils, quelques baves, quelques chairs

La fièvre Humaine

Les délices, les hallucinations

Le délire d’esprit et les cris

On jouit contre les arbres, on hurle seul

On se perd et on exulte, à tailler, casser, craquer les branches qui empêchent un chemin

La route qui n’existe plus que parce qu’on la trace et qui se referme

Nous avale à chaque pas : il n’y a de route que le tchac tchac

Et les quelques feuilles coupées qui tombent à sa suite

Le reste cicatrise et se tâche du sang qu’un instant avant de l’évacuer

Dans les pluies tropicales et les fièvres qu’elles font couler dans nos cheveux

Sur nos sourcils qui débordent et nos lèvres qui tremblent

Alors là,

Seulement arrivé là :

Tu bâtiras ton temple.

Étude sur les forums d’écriture

 

En 2018, Julien Côté de l’Université de Sherbrooke au Québec, a effectué un mémoire porté sur les forums d’écriture, leur utilisation, leur fréquentation, leur utilité.

Vous pouvez la retrouver en détail ici : https://savoirs.usherbrooke.ca/handle/11143/15024

Son analyse s’est portée sur les forums de moyenne et grosse taille, à visée plutôt généraliste. Certains de ces forums comportent plusieurs milliers d’inscrits, pour des communautés actives de centaines de personnes. À l’opposé des plateformes de lectures comme Wattpad et Scribay, ayant émergées cette dernière décennie, les forums d’écriture existent depuis les années 90. Ici certains existent depuis plus de dix ans.

Le but, sur ces forums, n’est pas uniquement de se faire lire, mais bien de proposer de travailler ces textes, comme des antichambres amateures de publication. Le mémoire analyse justement les différentes pratiques de commentaires (corrections orthographiques, syntaxiques, avis sur le fond et la structure et moyens techniques de citation de texte), mais aussi les communautés de ces plateformes (aux environs des trente ans, avec un taux d’études élevés et souvent une proportion notable de personnes travaillant dans le milieu de l’édition.)

Ces structures ont pris beaucoup de poids au fur et à mesure des années : là où la grande majorité des forums restent des petites communautés d’une dizaine de personnes, agissant comme une famille de lecteurs, ces « gros » forums francophones ont du s’adapter à garder l’esprit de « commentariat » afin d’aider tout à chacun à améliorer son écriture, en s’adaptant à son niveau, tout en gardant un aspect humain et souvent des amitiés qui se créent.

Bien sûr, ce sujet me touche car j’ai fait mes classes très jeunes sur ce genre de forum, et continue d’ailleurs de les fréquenter. C’est avec pas mal d’amusement et de joie que j’ai découvert cette étude qui s’intéresse enfin au monde des forums. Si ceux-ci ont souvent des tendances portées sur la SFFF, c’est tous les aspects de la littérature qui y sont traités, et souvent des membres finissent par publier livres et revues (certains développent leurs propres revues.)

Contrairement aux petites plateformes, où un « entre-soi » se crée, souvent très agréable cela dit, ici c’est le grand chambardement des personnes qui fréquentent, partent et reviennent donner leurs avis, qui donne une immense diversité de points de vue. On y apprend à affirmer ses choix, à les remettre en question au travers de points de vues divergents. Contrairement également aux grosses plateformes dîtes d’écriture, mais qui sont en réalité plus des vitrines d’auteurs pour des lecteurs, il s’y trouve dans ces lieux de véritables organisation collaboratives et horizontales, basées sur le bénévolat et le partage de connaissance, d’expérience. L’exercice même de passer au crible le texte d’un autre amateur que soit, de voir ses erreurs, se poser des questions sur ses choix et recevoir ses explication, est d’u immense richesse afin d’explorer nos propres goûts. Que ce soit en terme de lecture, ou de choix d’écriture.

En bref, je saurais exprimer en long en large et en travers mon amour pour ces plateformes, aux échanges riches et mouvementés, majoritairement bienveillant (dans le but véritablement d’entraide), qui sont souvent déconsidérées dans la pratique de l’écriture. Chaque lieux ne correspondra pas à tout le monde, il faut y aller en s’attendant à recevoir des critiques, il faut être prêt à partager ses textes. Pour d’autres un blog ou une plateforme de lecture sera suffisant, il convient à chacun de connaître ses besoins… Mais je suis heureux que l’on puisse donner aux forums d’écriture, qui traversent le net depuis tant et tant d’années, leurs lettres (non pas de noblesse), mais de beauté et de partage, et que ceux-ci continue à accélérer les talents de chacun, pour tout ceux qui veulent travailler leur écriture (et pourquoi pas rencontrer des gens).

 

Vous pouvez à nouveau retrouver et approfondir le travail de Julien Côté ici : https://savoirs.usherbrooke.ca/handle/11143/15024

(sur lequel je ne fais qu’une piètre synthèse, plutôt une réflexion personnelle.)

Dans ce mémoire, trois des plus gros forums francophones sont cités :

  • Le Monde de l’écriture – forum généraliste porté sur l’entraide à l’écriture au texte par texte, avec de multiples projets animés (notamment la revue du Mammouth éclairé)
  • Jeunes écrivains – plus gros forum en terme de membres, avec les textes des membres compilés, extrêmement animé lui aussi par de multiples concours et jeux d’écriture
  • Cocyclics – le plus « professionnel » des trois, centré sur les romans de SFFF avec des bêta-lecteurs assignés et une grande exigence sur les textes.

 

Un conseil surtout : bien lire les règles de ces lieux avant de vous inscrire, explorer l’ambiance du lieu également, on y est accueillis comme dans des maisons, et c’est la moindre des choses 🙂

 

S’aimer miroir – Revue Encre[s] n°2

Le 16 mars sort le numéro 2 de la revue Encre[s], revue très prometteuse et de qualité qui a débutée l’année dernière (la précommande offre les frais de ports ^^).

À l’occasion de leur appel à texte sur le thème Poli/brut, j’ai composé un poème visuel (qu’il m’est difficile de reproduire ici à vrai dire, l’instrument ici est pas super aisé…) qui se lit en double page. Mais je peux quand même en montrer le tout début :

S’AIMER MIROIR

coin de mur comme à l’école • fixe le plafond pendant des heures

rien • une araignée dans un recoin, peut-être • fissure à cause du

poids de tout l’édifice • simple maison, bicoque, fondation sans

murs-porteurs • des mains qui vont et qui viennent sont venues

sur le toit, les tuiles tombent par orage • ce sont les autres qui •

avec les nuages, on voit mal mais ça vient bien de là • haut • trop

de gens qui marchent sur les toits, des lunes comme des cha-

peaux avec les yeux qui disent ni oui ni non • c’est ne pas savoir •

ne pas savoir pourquoi comment avec qui où • ni ni ni ni ni •

il n’y a pas dans de monde dans les maison, il n’y a que toi •

qui tremble • ? • c’était peut-être seulement le bruit des tuiles,

de la pluie • rendors-toi, regarde-toi • fait-pas-ci, fais-pas-ça •

Micro-trottoir – Comment choisissez vous vos livres ?

 

Fin 2016 j’avais fait un second micro-trottoir, toujours pour le Podcast du Mde. J’étais content parce qu’il était un peu mieux écrit et avec un meilleur son également.

Cette fois j’étais allé dans un parc à Paris pour embêter directement les lecteurs, afin de leur demander d’où venait le livre qu’il tenait dans les mains, et de manière générale ce qu’ils pensaient des conseils de livres. Et puis j’ai même couru après des joggeur.

Un bon souvenir 🙂

(Je n’ai plus d’autre micro-trottoir sous la main, mais j’aimerai beaucoup renouveler l’expérience un jour, enfin dites moi ce que vous en pensez ! )

Marche – Revue Méninge n°14

Le mois dernier est sorti le numéro 14 de la revue Méninge sur le thème Souffle, et j’ai eu le plaisir de voir un de mes poèmes publié dedans. Vous pouvez lire l’intégralité de la revue sur leur site, ou l’acheter en version papier. Leur appel à texte pour le n°15 est sorti, sur le thème « éponge! », jusqu’au 17 mars.

 

MARCHE

C’est montagnes et arrêtes
Qu’on croise, souvent
Quand on a les pieds en sang,
Les pieds en sang des kilomètres.

Le bruit des troupeaux de vautours qui décollent
Qui te collent aux pattes
Qui te tournoient
Autour, et te font de l’ombre

De jour ;
De nuit

Tapis de buis en épines matelas,
Toit d’étoiles et plafond de froid  :
En boule contre les roches
Le vent ne passera pas.

Vieillard sphinx marcheur désert,
Gamin des bois loup fou des joies,
Dans leurs tissus cachent
L’enfant
L’enfant
L’enfant-roi
Roi de soi
De soir même et de tous les soirs
Jusqu’à l’horizon de ciels primevères,
De nuit hulottes.

Tranquillement,
Tout contre le torse
Biberonne l’enfant

L’enfant
L’enfance
Aux rages de dents
Aux rages de cœur,
De fêlures de soi
De soi,
De soi.

Alors doucement,
Clochard qui ne parle que par le geste
Passe son doigt
Sur les gencives de l’enfant
L’enfant
L’enfant en lui
Et calme, calme,
Marche comme ça

Jusqu’au grand soir.

Micro-trottoir – Les personnages

 

Pour débuter ma chaîne Soundcloud sur laquelle arriveront des podcasts dans les mois à venir, je poste des choses que j’ai pu faire il y a un certain temps.

C’était en 2016, pour un podcast collectif du Mde, j’avais fait des micro-trottoir en allant interviewer des lecteurs dans un parc. La qualité est pas génialissime, mais c’était la première fois que je faisais ça.

Cet épisode était centré sur demander aux gens quel était leur rapport avec les personnages de romans, comment ils les aiment et ce qu’il leur faut pour pouvoir s’attacher à eux. C’est toujours intéressant, pour ceux qui écrivent, de savoir ce qu’attendent les lecteurs.

J’avais été franchement agréablement étonné de l’expérience : très peu de refus (globalement, une personne sur dix, deux peut-être), et les gens se prêtent volontiers à répondre aux questions. Bien sûr y’a un peu de stress, quand il faut se lancer tout seul, embêter des inconnus qui lisent, les enregistrer, mais une fois cette première appréhension passée, ça se transforme en frénésie de vouloir aller parler à tout le monde.

Il y a un deuxième épisode, et une autre petite chronique que j’avais faite à l’époque, je les posterai également, mais celle-ci c’était vraiment la toute première expérience du genre !

Bonne écoute !