Dernier jour – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Plus de choses à gérer que je ne pensais, à mon retour. Une boite aux lettres qui déborde.

Résultat, je retrouve mes vieilles habitudes dès mon retour : c’est le plein milieu de la nuit, je me brosse les dents sans avoir eu le temps (pris le temps) de me déclarer. Les habitudes d’un chez soi qui a ses défauts, ses mécanismes grippés plus retors à être réglés. Mais ce n’est pas grave.

Face au miroir, je me sens fier. Impossible de le cacher, j’ai ce sentiment de fierté qui déborde et se voit sur mon visage, pour tout ce mois qui vient de passer, pour cette image que je vois à l’instant présent qui, sans avoir fondamentalement changée, me paraît exister. Exister, être là. Comme si j’avais enfin intégré en moi la preuve que oui, j’existe physiquement. J’écrirai peut-être un petit bilan, pour ce qui peut être à venir.

Je suis aussi fatigué que les premiers jours, mais je comprends mieux cette force que je ne maîtrisais pas alors. Je souris.

Je me dis je t’aime, et le pire, c’est qu’en écrivant ces mots j’ai presque oublié que je me l’étais dit.

Parce que ce soir c’était visible.

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Jour 31 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Je sens qu’être, durablement et au jour le jour avec des autres, me prend d’une certaine façon de l’énergie. Je ne dis ça ni en terme négatif ni en terme positif, c’est une constatation. Vient un moment le besoin, la nécessité de me recentrer sur moi (je le répète depuis des jours, depuis le moment même où je ne ressentais plus du tout le besoin de me recentrer sur moi) ; épuisement, et sentiment que mon humeur s’échappe, se fond dans celle des autres, se fait avaler, comme une aura collective dans laquelle je disparais peu à peu, avec toutes les difficultés de m’en détacher que cela ajoute.

Malgré tout, aujourd’hui face au miroir, je me reconnais. C’est bête mais je me vois et me reconnais comme moi-même. J’ai peur d’écrire cette phrase cliché, à l’heure où le mois se termine et alors que sans doute dans des jours qui auraient suivis, viendraient d’autres phases de doute. Le cycle des remises en question. Mais je ne peux pourtant nier voir en moi quelque chose de reconnaissable, ou plutôt, une forme de reconnaissance, sans doute. Le fait de voir, de mes yeux, d’autres personnes, fait peut-être aussi qu’en me allant me voir, sous forme de « pause », sans l’avoir prévu ou ruminé, fait que la logique de mon visage s’impose plus ? Comme une forme plus familière que les visages des autres que je vois toute la journée ? Peut-être, je ne suis pas sûr.

Je me le dis et la voix est assurée. Un sourire paraissant plus naturel que réactionnel me vient. Il y a le retour du petit hochement de tête des premiers jours, instinctivement, qui revient également, mais cette fois il ne fait que constater : il est entendu et témoigne de l’évidence de ce que je ressens et non, comme au tout début, dubitatif et hésitant.

Ps : je me brosse les dents avant m’être déclaré aujourd’hui, ça m’a fait rire cette inversion.

Jour 30 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Je crois que ça va. J’ai le temps, aujourd’hui, de faire mon rituel, même si j’ai malgré tout l’impression de m’y présenter dans un esprit de coup de vent. Mais je me sens bien.

Le rapport aux autres a ses bons côtés. Il faut surtout savoir ménager ses instants pour soi. J’ai eu raison dans les jours passés de continuer à temporiser, car j’ai tout de même cette légère impression que la vie avec les autres, au jour le jour, influence une partie du fond de ma dynamique, de mes pensées, que si j’avais plus de distance elles ne seraient pas tout à fait même. Ces jours-ci la distance me paraît bonne ; je me sens ancré dans le réel. Pas spectateur, pas peur de trop être présent non plus. Contours stables, pour reprendre une des images des premiers jours.

J’arrive donc avec une forme d’empressement, comme si je devais me dépêcher (j’ai véritablement aménagé du temps pour ça, il n’y a donc pas de raison). Une forme d’euphorie de l’instant ? Ou je ne ressens pas le besoin de trop m’attarder dessus, à l’inverse total des jours chez moi où je repoussais toute la journée ce moment, où j’avais besoin de le faire durer. J’ai d’ailleurs totalement déconnecté cet instant du brossage de dents depuis des jours, plus besoin de cette béquille.

Je me parle un peu, je ne me souviens plus de quoi. J’ouvre les bras en grand et je me le dis trois fois. Ouaip ça va aller, et il va falloir avancer aussi dans la vie, et on va y aller ensemble.

Je ferai un jour de plus après le jour 31, je serai alors de nouveau seul chez moi.

Jour 29 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Quand je remets en perspective ce que je fais durant ce défi, confronté à ce que les autres en pensent, j’ai encore l’instinct de faire marche arrière. Que leurs avis soient dubitatifs ou encourageants. L’envie de vouloir répondre que « non, je n’arrive pas à me regarder dans le miroir, je n’arrive pas à m’aimer ». Vieux réflexe décourageant. De vouloir me rabaisser face aux autres. De ne pas vouloir les écraser en disant que j’apprends à y arriver et même que j’y arrive désormais de plus en plus – la peur qu’on me croit hautain en le disant. La difficulté de simplement dire que oui, ça va mieux. Mettre à jour le cerveau. L’impression d’être un monstre d’y réussir, que cela provoquerait de la tristesse en ceux qui n’y arrivent pas. Vouloir rabaisser mon image parce que je n’ai pas le droit de l’aimer, de peur de blesser les autres. Pas le droit d’avoir l’insolence d’aimer ce à quoi je ressemble. Pourquoi m’aimer blesserait, incommoderait-ils les autres ?

C’est le plus dur à mettre en perspective, dans cette histoire, qu’une fois passée la porte de la pièce où se trouve le miroir, il y a tout ce rapport aux autres qui peut venir fragiliser ma stabilité interne, qui peut me proposer, me séduire ou m’imposer d’autres visions. Et qu’en faire ensuite, des autres bruits qui se rajoutent à ceux que j’entends en moi ; ça crie à plein de hauteurs d’ondes différentes. Régler tout ça, oui, mais où sont les manettes ?

J’ai deux rides d’inquiétudes qui prennent peu à peu place sur mon front. On me l’avait fait remarquer ; j’essaye de moins froncer. Mais elles sont là, c’est un fait.

J’essaye de réactiver la lueur de rire dans mes yeux. J’y arrive un peu. Je retrouve quelque chose, donc. Je me parle cette fois.

« Je te laisserai pas tomber. »

Difficulté à avaler la salive.

« … Je ne te laisserai plus tomber. »

Jour 28 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Note pour plus tard : il faudrait penser à faire attention aux premières et dernière fois où l’on se voit dans un miroir, au cours d’une journée. Rien ne sert d’instaurer un rituel quotidien trop exigeant avec soi-même, au long terme j’entends (trop redondant, trop centré sur soi-même). Mais simplement faire attention, dans l’intention ou le geste, à la première fois où l’on se voit dans le miroir le matin par exemple, prendre gare à ne pas mal se juger, à avoir une pensée compatissante pour soi, toujours dans l’idée de ne pas se laisser tomber. Ne pas s’oublier une fois face aux autres. Pareil pour le soir, ne pas aller se coucher sur des regrets ou des remords en se voyant. Essayer de se « voir » véritablement, régulièrement (une fois par jour, mais sous la forme d’automatisme inconscient, pas par obligation, comme une tâche de fond qui ne plus d’efforts à surmonter, qui ne remplace pas le rapport aux autres, mais comme un complément de confiance pour interagir dans l’environnement). Se voir, tout simplement, et non projeter dans une vitre, une glace, les attentes, les pensées d’autres instants.

Je t’aime et je pleure. J’aurais du le faire ne serait-ce qu’une heure plus tôt. Après avoir écrit le paragraphe précédent ; j’ai attendu. Là c’est trop tard, je t’aime et je pleure. Pourquoi tout mon moi et ma confiance s’effrite et s’oublie confrontée aux agissements, aux attentes des autres ; je n’y suis plus ce que je suis, plus qu’un conflit entre ce qu’ils veulent et ce que je ressens.

Ma voix s’est étouffée. Je t’aime et c’est toute ma solitude balancée au visage du moi-miroir, de façon un peu trop réaliste. Tout le ratatiné du visage. Je suis incapable de me regarder pleurer.

Jour 27 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Ce matin je n’ai pas envie de prendre ce temps. Je pourrais attendre un coup de vent pour le faire, un moment entre deux. Comme je suis avec du monde ces jours-ci c’est comme… se faire entraîner par un rythme et ne plus s’arrêter. Je ne ressens pas le besoin de m’arrêter pour moi. Je vois même comme trop présent l’aspect narcissique, soi, soi, toujours soi qui empêche d’oublier, de s’oublier. De simplement profiter de la vie, des autres, de sorties ?

Il y a aussi une tendance à se perdre dans l’extérieur, il peut y avoir un risque à s’oublier, j’en suis conscient : il y a une utilité au besoin de temporiser. Mais ici le faire tous les jours, je n’en ressens pas le besoin. Je le fais tout de même, car peut-être cela peut m’apporter quelque chose dont je ne connais pas le bénéfice. Pousser le défi jusqu’au bout. (Je sais pourtant, je sais, que j’ai tendance à m’oublier et me perdre sur certaines périodes où j’oublie le compte des jours, et c’est justement dans ce type de situations où je n’en ressens pas le besoin que la fragilité et le risque de dérapage est plus présente).

Je m’ausculte d’abord plus qu’autre chose. L’effet de sortir et être avec des gens. Puis je temporise ensuite. Besoin de souffler, de poser ma respiration. Je vois la taille de mes pupilles diminuer à mesure de respiration.

Je me le dis d’une voix que je trouve un peu naïve, j’ai l’impression que les mots ne passent pas le mur de la compréhension. J’ai l’impression que j’aurais besoin de parler avec moi-même à voix haute, d’avoir un vrai dialogue, une vraie discussion.

Jour 26 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Pas chez moi pour les jours à venir. Trouver du temps pour soi.

Une pointe de stress tapit le fond de mon visage. J’écris actuellement face à un miroir. Au premier regard, j’ai senti que des pensées négatives inconscientes s’activaient. Les rejeter.

Ça à du mal à sortir, du mal à me concentrer pour le dire et me regarder (j’ai beaucoup de choses à faire et des difficultés à me fixer là-dessus), le regard qui fuit et préfère se perdre à travers la fenêtre. Ne sois pas si dur avec toi-même, ne te juges pas comme ça du regard. Écrire devient une distraction supplémentaire pour ne pas me lancer à le dire ; ce que ça a toujours été, un nouvel écran entre soi et le miroir, une infinité d’images différentes qui s’entrecroisent.

Je t’aime.

L’impression de l’avoir dit sur le ton d’un acteur. Pas de frisson cette fois-ci (sans toutefois savoir si c’est bon ou mauvais signe). Une certaine distance ressentie ; je me tiens plus loin du miroir que d’habitude.

Jour 25 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Il fait matin noir. Dans le miroir, ça donne la même tête que le soir, encore plus fatiguée par le réveil.

En essayant de m’endormir hier – insomnie depuis trois jours – j’ai eu des pensées de choses que j’aurais voulu écrire, constatations sur l’état actuel, de comment je me sens et du défi. Les écrire aurait prolongé mon insomnie. J’ai dormi peu et j’ai tout oublié, mais au moins j’ai dormi.

Je me le suis dis et ça ressemblait presque à une onomatopée : je n’ai entendu de vive voix que le « aime ». Ensuite, je compte : un, deux, trois, quatre, frisson. Toujours ce frisson qui vient me prendre et me secouer les épaules. Est-ce le symptôme de ce qui se bat en moi – les résidus mauvais qui frémissent devant une telle incantation – ou est-ce dû à ma voix, ou tout simplement au fait qu’au bout d’une vingtaine de jours, le « traitement » commence à faire effet ? Est- ce que ça fait plaisir à mon corps, que je le dise ? Il réagit à ma voix et je pense à toutes les fois où, sans y penser, je me suis parlé à moi-même. En bien ou en mal, d’ailleurs. La reconnaissance du corps. Est-ce qu’il fallait cette vingtaine de jours pour que ça commence à faire effet sur moi, et est-ce qu’un mois suffirait ? (Divulgâchage : non). Combien faudrait-il de jours alors ? Je l’ai déjà dit, s’aimer semble être le défi d’une vie, mais il est possible d’y arriver, le reste n’est plus que stabilisation.

J’ai l’impression de stagner pourtant, toujours cette impression. Que fait-on une fois qu’on a fini de ranger sa maison ? Sans doute qu’on s’assoit, contemple, mais ensuite ? On laisse le chaos reprendre, on ne vit plus que pour ranger, ou il vaut mieux sortir faire un tour ? Surtout, quand décide-t-on que tout est assez rangé ?

Jour 24 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Se dire « je t’aime » et rester dans la même pièce. Chaque fois je suis venu devant le miroir « pour ça » ou alors simplement passé devant sans y faire attention, le miroir comme espace passager et détail du quotidien. Mais cet après-midi, j’ai eu envie de le faire et de rester dans la même pièce ensuite, cohabiter avec.

Je l’ai à nouveau dit fort, suivi une nouvelle fois de cette sensation de froid, un spasme venu tout de suite après. Toujours impossible à définir, cette sensation, si elle est positive ou négative. Le symptôme physique d’une lutte interne, peut-être. Il n’y a pas eu de sourire ou de soulagement significatif visible après ça, plus depuis que je me le dis de vive voix. Cette dernière essaye de gagner en assurance, se trouvant un peu plus aiguë aujourd’hui, comme cherchant la bonne tonalité. Ma voix profonde.

Je n’y ai pas beaucoup repensé ensuite, j’étais simplement dans la même pièce. Tout juste quelques pensées pour ce miroir à côté de moi. En me disant que peut-être, ma déclaration pouvait agir comme un sort qui, répandu dans la pièce, est capable de me protéger et me faire sentir bien par la suite. Je n’ai rien ressenti de particulier.

Les prochains jours seront différents, je ne serai plus seul.

(Je m’empêche d’en écrire les attentes ou les craintes.)

Jour 23 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

J’avais, plusieurs jours auparavant, rencontré mon moi adolescent. Il y a, lorsque je veux faire des choses, souvent cette pulsion d’insomnie qui me pousse – ou me retient. Le besoin de déconnexion par la fatiguée, usée presque comme une drogue, vient faire taire les peurs et se contente de me faire foncer tête baissée. Cette déconnexion, elle date d’avant, je la remonte à la pré-adolescence. L’enfance, en tant que telle, me paraît loin et pourtant, plus je vieillit plus elle m’apparaît pleine du mystère le plus simple que je connaisse.

Dans le miroir, dur de parvenir à retrouver l’image de ce pré-ado ou cet enfant que j’étais. Chercher dans les yeux, fouiller les couches d’années que je cache à moi-même. J’ai besoin, je le sais, de trouver et d’embrasser cet enfant intérieur, apeuré de tout ce que j’ai pu lui faire subir. Il est peut-être caché car j’ai voulu l’en protéger, qui sait. Je ne m’en sens pas encore assez proche pour le savoir.

C’est l’après-midi, la brosse à dent est rangée. Je comprends que pour ressentir des choses positives il faut se donner le moyen de faire des actes positifs, juste pour soi. Même si ça semble insurmontable. La culpabilité de la veille contre laquelle j’ai du lutter, à cause de l’acte manqué.

Je viens me voir au petit miroir, avec l’air d’avoir besoin de parler. Je me perds cependant une minute en pensant à autre chose, je perds l’importance de ce que j’allais dire, avant de me reprendre.

J’ai besoin de m’adosser au mur, volontairement pour une fois. Je croise les bras, aussi, pas par réflexe : besoin de prendre du recul.

Par la porte ouverte, j’entends la musique que j’ai laissé tourner. Gymnopédies. Je ne retrouve pas ce pré-ado que j’étais. Comme une hypnose instantanée, à regarder mes yeux mes pensées divaguent tout de suite, ne voyant plus rien.

Je le dis à nouveau à pleine voix. La fin de l’intonation fourche en plus aiguë. Comme si c’était une question, ou une petite souffrance de l’attente de réponse. Ou simplement se voulant intimement rassurante, je n’arrive pas à déterminer. Aucune expression sur mon visage. Je sens à nouveau cette petite vague de froid qui me prend, sans tremblement cette fois-ci. Je n’arrive pas non plus à déterminer si c’est une sensation rassurante, qui se fixe comme quelque chose qui glisse lentement sur mes épaules, ou autre chose. Je n’écris qu’une seule explication en tout cas, bien que je ne la sente pas seule, c’est la seule qui me vient. Que je veux bien voir, que je discerne au milieu du potage de ce que je ressens.

Quelque chose de pensif en moi.