Jour 29 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Quand je remets en perspective ce que je fais durant ce défi, confronté à ce que les autres en pensent, j’ai encore l’instinct de faire marche arrière. Que leurs avis soient dubitatifs ou encourageants. L’envie de vouloir répondre que « non, je n’arrive pas à me regarder dans le miroir, je n’arrive pas à m’aimer ». Vieux réflexe décourageant. De vouloir me rabaisser face aux autres. De ne pas vouloir les écraser en disant que j’apprends à y arriver et même que j’y arrive désormais de plus en plus – la peur qu’on me croit hautain en le disant. La difficulté de simplement dire que oui, ça va mieux. Mettre à jour le cerveau. L’impression d’être un monstre d’y réussir, que cela provoquerait de la tristesse en ceux qui n’y arrivent pas. Vouloir rabaisser mon image parce que je n’ai pas le droit de l’aimer, de peur de blesser les autres. Pas le droit d’avoir l’insolence d’aimer ce à quoi je ressemble. Pourquoi m’aimer blesserait, incommoderait-ils les autres ?

C’est le plus dur à mettre en perspective, dans cette histoire, qu’une fois passée la porte de la pièce où se trouve le miroir, il y a tout ce rapport aux autres qui peut venir fragiliser ma stabilité interne, qui peut me proposer, me séduire ou m’imposer d’autres visions. Et qu’en faire ensuite, des autres bruits qui se rajoutent à ceux que j’entends en moi ; ça crie à plein de hauteurs d’ondes différentes. Régler tout ça, oui, mais où sont les manettes ?

J’ai deux rides d’inquiétudes qui prennent peu à peu place sur mon front. On me l’avait fait remarquer ; j’essaye de moins froncer. Mais elles sont là, c’est un fait.

J’essaye de réactiver la lueur de rire dans mes yeux. J’y arrive un peu. Je retrouve quelque chose, donc. Je me parle cette fois.

« Je te laisserai pas tomber. »

Difficulté à avaler la salive.

« … Je ne te laisserai plus tomber. »

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Jour 28 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Note pour plus tard : il faudrait penser à faire attention aux premières et dernière fois où l’on se voit dans un miroir, au cours d’une journée. Rien ne sert d’instaurer un rituel quotidien trop exigeant avec soi-même, au long terme j’entends (trop redondant, trop centré sur soi-même). Mais simplement faire attention, dans l’intention ou le geste, à la première fois où l’on se voit dans le miroir le matin par exemple, prendre gare à ne pas mal se juger, à avoir une pensée compatissante pour soi, toujours dans l’idée de ne pas se laisser tomber. Ne pas s’oublier une fois face aux autres. Pareil pour le soir, ne pas aller se coucher sur des regrets ou des remords en se voyant. Essayer de se « voir » véritablement, régulièrement (une fois par jour, mais sous la forme d’automatisme inconscient, pas par obligation, comme une tâche de fond qui ne plus d’efforts à surmonter, qui ne remplace pas le rapport aux autres, mais comme un complément de confiance pour interagir dans l’environnement). Se voir, tout simplement, et non projeter dans une vitre, une glace, les attentes, les pensées d’autres instants.

Je t’aime et je pleure. J’aurais du le faire ne serait-ce qu’une heure plus tôt. Après avoir écrit le paragraphe précédent ; j’ai attendu. Là c’est trop tard, je t’aime et je pleure. Pourquoi tout mon moi et ma confiance s’effrite et s’oublie confrontée aux agissements, aux attentes des autres ; je n’y suis plus ce que je suis, plus qu’un conflit entre ce qu’ils veulent et ce que je ressens.

Ma voix s’est étouffée. Je t’aime et c’est toute ma solitude balancée au visage du moi-miroir, de façon un peu trop réaliste. Tout le ratatiné du visage. Je suis incapable de me regarder pleurer.

Jour 27 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Ce matin je n’ai pas envie de prendre ce temps. Je pourrais attendre un coup de vent pour le faire, un moment entre deux. Comme je suis avec du monde ces jours-ci c’est comme… se faire entraîner par un rythme et ne plus s’arrêter. Je ne ressens pas le besoin de m’arrêter pour moi. Je vois même comme trop présent l’aspect narcissique, soi, soi, toujours soi qui empêche d’oublier, de s’oublier. De simplement profiter de la vie, des autres, de sorties ?

Il y a aussi une tendance à se perdre dans l’extérieur, il peut y avoir un risque à s’oublier, j’en suis conscient : il y a une utilité au besoin de temporiser. Mais ici le faire tous les jours, je n’en ressens pas le besoin. Je le fais tout de même, car peut-être cela peut m’apporter quelque chose dont je ne connais pas le bénéfice. Pousser le défi jusqu’au bout. (Je sais pourtant, je sais, que j’ai tendance à m’oublier et me perdre sur certaines périodes où j’oublie le compte des jours, et c’est justement dans ce type de situations où je n’en ressens pas le besoin que la fragilité et le risque de dérapage est plus présente).

Je m’ausculte d’abord plus qu’autre chose. L’effet de sortir et être avec des gens. Puis je temporise ensuite. Besoin de souffler, de poser ma respiration. Je vois la taille de mes pupilles diminuer à mesure de respiration.

Je me le dis d’une voix que je trouve un peu naïve, j’ai l’impression que les mots ne passent pas le mur de la compréhension. J’ai l’impression que j’aurais besoin de parler avec moi-même à voix haute, d’avoir un vrai dialogue, une vraie discussion.

Jour 26 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Pas chez moi pour les jours à venir. Trouver du temps pour soi.

Une pointe de stress tapit le fond de mon visage. J’écris actuellement face à un miroir. Au premier regard, j’ai senti que des pensées négatives inconscientes s’activaient. Les rejeter.

Ça à du mal à sortir, du mal à me concentrer pour le dire et me regarder (j’ai beaucoup de choses à faire et des difficultés à me fixer là-dessus), le regard qui fuit et préfère se perdre à travers la fenêtre. Ne sois pas si dur avec toi-même, ne te juges pas comme ça du regard. Écrire devient une distraction supplémentaire pour ne pas me lancer à le dire ; ce que ça a toujours été, un nouvel écran entre soi et le miroir, une infinité d’images différentes qui s’entrecroisent.

Je t’aime.

L’impression de l’avoir dit sur le ton d’un acteur. Pas de frisson cette fois-ci (sans toutefois savoir si c’est bon ou mauvais signe). Une certaine distance ressentie ; je me tiens plus loin du miroir que d’habitude.

Jour 24 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Se dire « je t’aime » et rester dans la même pièce. Chaque fois je suis venu devant le miroir « pour ça » ou alors simplement passé devant sans y faire attention, le miroir comme espace passager et détail du quotidien. Mais cet après-midi, j’ai eu envie de le faire et de rester dans la même pièce ensuite, cohabiter avec.

Je l’ai à nouveau dit fort, suivi une nouvelle fois de cette sensation de froid, un spasme venu tout de suite après. Toujours impossible à définir, cette sensation, si elle est positive ou négative. Le symptôme physique d’une lutte interne, peut-être. Il n’y a pas eu de sourire ou de soulagement significatif visible après ça, plus depuis que je me le dis de vive voix. Cette dernière essaye de gagner en assurance, se trouvant un peu plus aiguë aujourd’hui, comme cherchant la bonne tonalité. Ma voix profonde.

Je n’y ai pas beaucoup repensé ensuite, j’étais simplement dans la même pièce. Tout juste quelques pensées pour ce miroir à côté de moi. En me disant que peut-être, ma déclaration pouvait agir comme un sort qui, répandu dans la pièce, est capable de me protéger et me faire sentir bien par la suite. Je n’ai rien ressenti de particulier.

Les prochains jours seront différents, je ne serai plus seul.

(Je m’empêche d’en écrire les attentes ou les craintes.)

Jour 23 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

J’avais, plusieurs jours auparavant, rencontré mon moi adolescent. Il y a, lorsque je veux faire des choses, souvent cette pulsion d’insomnie qui me pousse – ou me retient. Le besoin de déconnexion par la fatiguée, usée presque comme une drogue, vient faire taire les peurs et se contente de me faire foncer tête baissée. Cette déconnexion, elle date d’avant, je la remonte à la pré-adolescence. L’enfance, en tant que telle, me paraît loin et pourtant, plus je vieillit plus elle m’apparaît pleine du mystère le plus simple que je connaisse.

Dans le miroir, dur de parvenir à retrouver l’image de ce pré-ado ou cet enfant que j’étais. Chercher dans les yeux, fouiller les couches d’années que je cache à moi-même. J’ai besoin, je le sais, de trouver et d’embrasser cet enfant intérieur, apeuré de tout ce que j’ai pu lui faire subir. Il est peut-être caché car j’ai voulu l’en protéger, qui sait. Je ne m’en sens pas encore assez proche pour le savoir.

C’est l’après-midi, la brosse à dent est rangée. Je comprends que pour ressentir des choses positives il faut se donner le moyen de faire des actes positifs, juste pour soi. Même si ça semble insurmontable. La culpabilité de la veille contre laquelle j’ai du lutter, à cause de l’acte manqué.

Je viens me voir au petit miroir, avec l’air d’avoir besoin de parler. Je me perds cependant une minute en pensant à autre chose, je perds l’importance de ce que j’allais dire, avant de me reprendre.

J’ai besoin de m’adosser au mur, volontairement pour une fois. Je croise les bras, aussi, pas par réflexe : besoin de prendre du recul.

Par la porte ouverte, j’entends la musique que j’ai laissé tourner. Gymnopédies. Je ne retrouve pas ce pré-ado que j’étais. Comme une hypnose instantanée, à regarder mes yeux mes pensées divaguent tout de suite, ne voyant plus rien.

Je le dis à nouveau à pleine voix. La fin de l’intonation fourche en plus aiguë. Comme si c’était une question, ou une petite souffrance de l’attente de réponse. Ou simplement se voulant intimement rassurante, je n’arrive pas à déterminer. Aucune expression sur mon visage. Je sens à nouveau cette petite vague de froid qui me prend, sans tremblement cette fois-ci. Je n’arrive pas non plus à déterminer si c’est une sensation rassurante, qui se fixe comme quelque chose qui glisse lentement sur mes épaules, ou autre chose. Je n’écris qu’une seule explication en tout cas, bien que je ne la sente pas seule, c’est la seule qui me vient. Que je veux bien voir, que je discerne au milieu du potage de ce que je ressens.

Quelque chose de pensif en moi.

Jour 22 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Je crois que j’ai peur.

Dans le fond, il n’y a peut-être que ça qui me fait avoir ces comportements de répulsion et d’attraction envers la routine, faisant que je n’arrive pas à la saisir. Je ne sais pas comment me placer par rapport à ma propre façon de gérer ma vie. Et je sais, pour être passé là à travers d’autres domaines, que cette période de transition où l’indécision, l’incertitude, peut prendre fin.

Actuellement, je ne peux que constater – et ressentir – le fait que je retarde, que je n’arrive pas à caser « naturellement » l’instant de me dire je t’aime. J’aurais beau vouloir trouver à ce fait de multiples explications, sentimentales ou inconscientes, dans le fond il n’y a qu’une forme de peur.

Il y a l’inexpérience dans l’apprentissage de s’aimer, bien entendu. Il y a aussi la peur que le défi se termine, d’être à nouveau lâché dans la vie de tous les jours, sans n’avoir plus de cadre pour m’aider.

Que j’oublie tout ce que j’ai commencé, par inadvertance, insouciance, que la peur de le faire qui existe maintenant, balaye totalement l’envie de continuer à garder ça en moi. J’ai peur d’arriver jusqu’au bout, et de me contenter de la satisfaction de l’avoir fait. Tout comme j’ai eu peur au milieu du défi de ne pas réussir à pouvoir le finir (même en s’interdisant formellement l’option, elle se tapit toujours quelque part en nous). J’ai peur d’y arriver totalement, de ce que ça implique d’être. J’ai peur d’être vide, de ne plus avoir assez de base solide sur laquelle avancer. Peur de laisser partir un passé, dont je sais pourtant tout le bénéfice de m’en débarrasser (le regard du passé qui se pose sur soi, tapit lui aussi dans le miroir).

J’ai peur d’avoir peur, surtout, parce que je sais qu’elle seule peut annihiler mes efforts. Peur d’écrire ces mots. Et pourtant, il y a comme des discours qui résonnent en moi, des mantras selon lesquels toute peur ne peut être totalement mauvaise, que seule la volonté la plus forte résistera. Ce n’est pas une peur panique, qui me domine, c’est une peur qui me ralentit, qui produit sa légère érosion stalactite.

C’est à cause de cette légère peur que je ressens ce soir, qu’en allant face a miroir, je pense à faire demi-tour pour aller écrire ces mots – une forme de désespoir à l’idée que je pourrais oublier ces pensées à propos de la peur. Je les ai écrit tout de même, après, et je me demande si quelque part je ne me suis pas laissé influencé pendant la séance du miroir.

Était-il bénéfique d’exprimer cette peur ou non ? Je pense que oui. Les mauvaises pulsions doivent sortir aussi, sans me dominer dans mes actes. Trier ensuite. Répéter, encore et encore, chaque jour. Améliorer. Composer, avec tout l’existant.

Je n’arrive pas à aller face au petit miroir. Il me semble avoir besoin de recul. Il me semble que je n’arriverai pas à me voir aussi près. La sensation n’est pas violente, elle exprime simplement un blocage. Il faut éviter, là tout de suite en écrivant, toute forme de culpabilisation (par rapport aux incapacités, de manière générale). Comme une balance où le choix peut se transformer en positif comme en négatif.

Face au grand miroir, je me balance en tête des grands discours personnels, à propos du changement de soi, à propos du droit au changement, de la possibilité d’être différent, d’évoluer tout en restant toujours la même personne, une nouvelle personne – de ce qui est en nous, avant, maintenant, et qui sera toujours. Le droit à l’oubli de certaines périodes de sa vie ; après les avoir revues, mâchées, comprises, intégrées. Il a toujours des choses à comprendre mais : le droit au pardon, à pouvoir être, aujourd’hui.

Je le dis à haute voix, ce je t’aime. Je ne fuis pas. Je le sors de ma gorge. Pour la première fois, ma voix. Croassante, grave, sortie de caverne cassante. Je me vois dans ce miroir plus mal éclairé que l’autre, la peau presque verdâtre. J’ai réussi, j’en repars presque blessé. Dans les deux secondes qui ont suivies mes mots, j’ai eu un frisson de froid-sans-froid et, à l’intérieur, comme le sentiment que mon cœur se faisait aspirer. Comme une chute en moi. J’ai réussi.

Je n’avais pas pensé à le faire, là maintenant, comme ça. Je me suis senti pressé, presque acculé par cette peur – qui ne s’en va pas encore tout à fait, mais qui s’atténue peu à peu à force de poser des mots.

Ce n’était pas particulièrement réussi – le fais-je pour ça ? – mais je l’ai fait : ma voix est sortie, un peu comme celle d’un autre… Mais face à tout ce que j’ai dit-ressenti plus tôt, je préfère le voir présentement comme la meilleure preuve digne d’espoir et de volonté, pour continuer à me battre, à faire bloc. Pour toujours même si ça fait peur. Pour toujours.

Jour 21 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Je me suis dit je t’aime en plein milieu d’après-midi, simplement parce que l’occasion se présentait ; je me suis dit qu’il aurait été bête de ne pas la saisir. Mais ce n’est pas le plus surprenant, pour moi. Quand je dis l’occasion se présentait, je veux dire que je me suis regardé dans le miroir à une heure autre que celle du soir. « Autant le faire tout de suite ». Forme de continuité avec mes pensées des jours précédents, avec une idée que cela pourra me libérer du temps. Le fait est que je n’y étais pas du tout préparé mentalement, à cet instant.

Je l’ai dit et ça ne m’a pas provoqué de sourire. J’ai voulu, après ça, me « prendre dans mes bras », mais je n’ai pas réussi à avoir accès à cette sensation, que je commençais à approcher. Je me sentais tout de même confiant, en me regardant, mais le fait de le dire à fait retentir tout le fragilité de cette bulle que j’essaye de me construire. Elle n’a pas tremblé pour autant, mais par la suite, tout au long de la journée, j’ai eu l’impression que cet acte n’avait pas véritablement eu lieu.

Le plus étonnant, au final, renforçant cette dissonance, c’est que je n’ai pas réussi à écrire tout de suite après mon ressenti, comme je le fais d’habitude. J’ai attendu le soir, en me martelant toute la journée que je devais le faire. Je n’ai pu écrire qu’au moment de me brosser les dents. J’y suis d’ailleurs allé en pensant, peut-être, croiser là-bas un regard complice. Je me rends compte en écrivant, que je n’ai même pas levé les yeux face au miroir (une pointe de culpabilité vient presque poindre quand je le pense-écris).

Étrange expérience que cette dissociation des actes (manqués) et des pensées (à retardement). Mais dissociation absolument nécessaire en vue de l’après. L’après ce mois dont les deux tiers sont déjà écoulés.

Comme deux fils de laine qu’on s’acharne à démêler, et dont il faudra prendre soin afin de ne pas former un nouveau nœud plus loin.

Attention et patience.

Jour 20 – Je t’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Le problème est toujours un peu le même : faire ce petit rituel tard, si tard. C’est plutôt le ressenti par rapport à ce fait qui change. Parfois on n’a simplement pas envie, l’impression de se faire rattraper par la machine des jours et que vingt-quatre heures sont définitivement trop courtes. L’impression de faire toujours la même chose, sans avoir eu le temps, chaque fois que tombe l’instant rituel, de faire assez de chose, sans savoir si le problème se trouve plutôt dans la répétitivité, ou dans la nature même de l’existence d’un rituel. Bien que le problème ne se situe certainement dans aucun des deux, voir même qu’il n’y ait en réalité aucun problème à ces sentiments là.

Il y a simplement cette idée de défi, de moment quotidien à effectuer sans faute, pendant trente jours. Et il y a forcément des remise en cause, des lassitudes, des envie de faire autre chose. La nature même de ce défi pousse à repousser sa détermination. On réalise simplement que se dire je t’aime, le fondement de ce défi, n’est pas seulement passager, mais qu’il sera à faire pour toute la vie. Toute la vie. La pensée fait écho à un point vertigineux, qui me dépasse (pourquoi tout ce «  on » en préambule quand je ne parle que de moi, je ne suis le porte-parole de personne, je ne fais que parler). Alors le faire rigoureusement pendant un mois, c’est une épreuve à passer, un condensé de tout ce qu’on peut vivre, d’une certaine façon, avec un rythme plus accru. Il est sans doute trop chronophage de faire ce rituel quotidien toute sa vie, mais il sera nécessaire et capital d’y revenir. Ce que je battis ici.

La sensation qu’en regardant un certain endroit de mon visage, ou plutôt sous un certain angle ou, non, plutôt avec une certaine focale, je m’apprécie mieux. Je n’arrive pas bien à déterminer, ça reste une attention encore fuyante.

Je me suis surpris ensuite à une fois de plus me regarder de trop près. Ça a duré autant de temps que la première observation résumée en une phrase au-dessus. Je m’en suis sorti tout de suite. Je me rends compte également que cette auscultation, je la fait en fronçant les sourcils, ça demande un effort douloureux aux yeux.

J’ai laissé la porte grande ouverte.

Je le dis et ça me donne un sourire, pas immense, mais sincère et rassurant. Il vient sans forcer, automatiquement.

Jour 19 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Ce soir je n’ai pas grand chose à dire. C’est à cause de la fatigue, en bonne partie, mais de la bonne fatigue cette fois-ci. De la très bonne fatigue. Je n’ai pas grand chose à dire car pour une fois, tout ce qui se passe n’est plus prisonnier en moi. Il sort et il vient à moi, se manifeste en dehors. Alors il n’y a rien à dire, à fouiller, tout est clair : vivant.

Face au miroir, fatigué, j’ai l’impression d’être bronzé. C’est stupide car il n’a fait que neiger ces jours-ci, mais j’ai l’impression d’avoir pris des couleurs. Et je souris, surtout. Un sourire naturel. Je me sens un peu plus léger, apaisé. Je sens tout de même la résilience d’une sorte de nœud, comme une pelote de laine un peu lourde logée dans mon cœur. Mais tout, autour, s’allège.

Je me dis je t’aime et c’est un grand sourire qui suit. Les yeux amusés et surpris. Je reste pour faire un câlin à mon cœur, avant d’aller trouver un repos que je mérite.