7jours7poèmes – n°6 : DEVANT L’ÉTERNEL

7jours7poèmes, petit défi d’écriture tout simple : écrire un poème par jour pendant une semaine ! Ici les textes sont postés en deux versions, la première retravaillée, la deuxième le premier jet du défi.

 

DEVANT L’ÉTERNEL

Oui ! Oui ! Oui :
Devant l’éternel

la ma ta
toutes
paroles changent

Aucun intérêt tangible
Ni dans l’air qu’on respire
Ni dans les yeux humides ou les vibrations quotidiennes
Aucun intérêt, l’éternel,
pour le goût des sensibles.

Les instincts du corps vocalisés,
sens-ualisés,
réactionnaires
Emmerdent la réflexion
sans élan sans acte sans beauté
Sans idéal
– Mot fétus de paille
Qui au sens et au cœur fait place lente
Aux érosions métaphysiques
Que les étincelles de ces deux silex produisent –

Du corps et de l’esprit naquit
Ce qui t’anime, poète
Et tant que tu n’y penses
Pas un mot ne change

Mais devant l’éternel

Combien de vies te reste-t-il
En quel langage renaîtras-tu
: Choisis bien ta trinité.

« Je sens Je pense Je me détruis »
– était elle

« J’acte Je ressens Je dis »
– telle est ma nouvelle

Combien de gemmes manipuler
Pour atteindre la quatrième dimension

        Une montagne s’éboule sur les incendies

Devant l’éternel toute parole se change.

 

 

Premier jet lors de la semaine du défi :
Oui oui oui :

Devant l’eternel

la ma ta
toutes
paroles changent

Aucun intérêt direct
Ni dans l’air qu’on respire
Ni dans les yeux humides ou les vibrations quotidiennes
Aucun intérêt l’éternel
pour celui qui vit
Les instincts du corps vocalisés,
sens-ualisés,
réactionnaires
Emmerdent la réflexion
sans élan sans acte sans beauté
Sans idéal
Mot fétus de paille
Qui au sens et au coeur fait place lente
Aux érosions métaphysiques
Que les étincelles de ces deux silexs produisent

Du corps et de l’esprit naquit
Ce qui t’anime, poète
Et tant que tu n’y penses
Pas un mot ne change

Mais devant l’éternel

Combien de vies te reste-t-il
En quel langue renaitra-tu
Choisis bien ta trinité

Je sens je pense je me détruis
était elle

J’acte je ressens je dis
telle est ma nouvelle

Combien de cailloux manipuler
Pour atteindre rien que la quatrième
Une montagne s’éboule sur les incendies

Devant l’éternel toute parole se change.

 

 

7jours7poèmes – n°3 : LABO SOUVENIR

7jours7poèmes, petit défi d’écriture tout simple : écrire un poème par jour pendant une semaine ! Ici les textes sont postés en deux versions, la première retravaillée, la deuxième le premier jet du défi.

 

LABO SOUVENIR

Des tubes transparents, clos
Sur mes étagères ; tous les dix ans
J’essuie la poussière,
ajoute un nouveau tube.

Petites pierres
petites gemmes
petites perles
de souvenirs
de sable
d’écailles multicolores de poissons morts
qui m’ont fait rêver des nuits qui marquent encore mes jours

Lunettes loupes lampe frontale
attablé comme un monstre ancien des abysses
la nuit j’ausculte et je trie
les caillots de mes souvenirs des abysses

Je les polis
entre mes pincettes
en me mordant la lèvre
et je m’ébroue au point du jour

Schloup, Swiip
Leur bruit quand ils glissent dans les petits tubes
Chtic, Tchac
Ils s’amoncellent et s’entrechoquent
Ils respireront leur propre air jusqu’à .

Encore trop jeune pour les ouvrir :
Tous les dix ans, j’essuie les compositions de mes souvenirs
Brillent au soleil perçant mes étagères,
Archéologue de mes tripes,
Encore étranger au sentiment de leur présence

J’admire Pandore,

Inoffensif et soudainement doux.

 

 

Premier jet lors de la semaine du défi :

 

Des tubes transparents, clos
Sur mes étagères, tous les dix ans
J’essuie la poussière
ajoute un nouveau tube
Petites pierres
petites gemmes
petites perles
de souvenirs
de sable
d’écailles multicolores de poissons morts
qui m’ont fait rêver des nuits marquant encore mes jours
Lunettes loupes lampe frontale
attablé comme un monstre ancien des profondeurs
la nuit j’ausculte et je trie
les caillots de mes souvenirs

Je les polis
entre mes pincettes
en mordant ma lèvre
en m’ébrouant au point du jour

Schloup, Swiip
Leur bruit quand ils glissent dans les petits tubes
Chtic, Tchac
Ils s’amoncellent et s’entrechoquent
Respireront leur propre air jusqu’à
Encore trop jeune pour les ouvrir
Tous les dix ans j’essuie les compositions de mes souvenirs
Brillent au soleil perçant sur mes étagères
Archéologue de mes tripes
Encore étranger au sentiment de leur présence

 

 

Étude sur les forums d’écriture

 

En 2018, Julien Côté de l’Université de Sherbrooke au Québec, a effectué un mémoire porté sur les forums d’écriture, leur utilisation, leur fréquentation, leur utilité.

Vous pouvez la retrouver en détail ici : https://savoirs.usherbrooke.ca/handle/11143/15024

Son analyse s’est portée sur les forums de moyenne et grosse taille, à visée plutôt généraliste. Certains de ces forums comportent plusieurs milliers d’inscrits, pour des communautés actives de centaines de personnes. À l’opposé des plateformes de lectures comme Wattpad et Scribay, ayant émergées cette dernière décennie, les forums d’écriture existent depuis les années 90. Ici certains existent depuis plus de dix ans.

Le but, sur ces forums, n’est pas uniquement de se faire lire, mais bien de proposer de travailler ces textes, comme des antichambres amateures de publication. Le mémoire analyse justement les différentes pratiques de commentaires (corrections orthographiques, syntaxiques, avis sur le fond et la structure et moyens techniques de citation de texte), mais aussi les communautés de ces plateformes (aux environs des trente ans, avec un taux d’études élevés et souvent une proportion notable de personnes travaillant dans le milieu de l’édition.)

Ces structures ont pris beaucoup de poids au fur et à mesure des années : là où la grande majorité des forums restent des petites communautés d’une dizaine de personnes, agissant comme une famille de lecteurs, ces « gros » forums francophones ont du s’adapter à garder l’esprit de « commentariat » afin d’aider tout à chacun à améliorer son écriture, en s’adaptant à son niveau, tout en gardant un aspect humain et souvent des amitiés qui se créent.

Bien sûr, ce sujet me touche car j’ai fait mes classes très jeunes sur ce genre de forum, et continue d’ailleurs de les fréquenter. C’est avec pas mal d’amusement et de joie que j’ai découvert cette étude qui s’intéresse enfin au monde des forums. Si ceux-ci ont souvent des tendances portées sur la SFFF, c’est tous les aspects de la littérature qui y sont traités, et souvent des membres finissent par publier livres et revues (certains développent leurs propres revues.)

Contrairement aux petites plateformes, où un « entre-soi » se crée, souvent très agréable cela dit, ici c’est le grand chambardement des personnes qui fréquentent, partent et reviennent donner leurs avis, qui donne une immense diversité de points de vue. On y apprend à affirmer ses choix, à les remettre en question au travers de points de vues divergents. Contrairement également aux grosses plateformes dîtes d’écriture, mais qui sont en réalité plus des vitrines d’auteurs pour des lecteurs, il s’y trouve dans ces lieux de véritables organisation collaboratives et horizontales, basées sur le bénévolat et le partage de connaissance, d’expérience. L’exercice même de passer au crible le texte d’un autre amateur que soit, de voir ses erreurs, se poser des questions sur ses choix et recevoir ses explication, est d’u immense richesse afin d’explorer nos propres goûts. Que ce soit en terme de lecture, ou de choix d’écriture.

En bref, je saurais exprimer en long en large et en travers mon amour pour ces plateformes, aux échanges riches et mouvementés, majoritairement bienveillant (dans le but véritablement d’entraide), qui sont souvent déconsidérées dans la pratique de l’écriture. Chaque lieux ne correspondra pas à tout le monde, il faut y aller en s’attendant à recevoir des critiques, il faut être prêt à partager ses textes. Pour d’autres un blog ou une plateforme de lecture sera suffisant, il convient à chacun de connaître ses besoins… Mais je suis heureux que l’on puisse donner aux forums d’écriture, qui traversent le net depuis tant et tant d’années, leurs lettres (non pas de noblesse), mais de beauté et de partage, et que ceux-ci continue à accélérer les talents de chacun, pour tout ceux qui veulent travailler leur écriture (et pourquoi pas rencontrer des gens).

 

Vous pouvez à nouveau retrouver et approfondir le travail de Julien Côté ici : https://savoirs.usherbrooke.ca/handle/11143/15024

(sur lequel je ne fais qu’une piètre synthèse, plutôt une réflexion personnelle.)

Dans ce mémoire, trois des plus gros forums francophones sont cités :

  • Le Monde de l’écriture – forum généraliste porté sur l’entraide à l’écriture au texte par texte, avec de multiples projets animés (notamment la revue du Mammouth éclairé)
  • Jeunes écrivains – plus gros forum en terme de membres, avec les textes des membres compilés, extrêmement animé lui aussi par de multiples concours et jeux d’écriture
  • Cocyclics – le plus « professionnel » des trois, centré sur les romans de SFFF avec des bêta-lecteurs assignés et une grande exigence sur les textes.

 

Un conseil surtout : bien lire les règles de ces lieux avant de vous inscrire, explorer l’ambiance du lieu également, on y est accueillis comme dans des maisons, et c’est la moindre des choses 🙂

 

Micro-trottoir – Comment choisissez vous vos livres ?

 

Fin 2016 j’avais fait un second micro-trottoir, toujours pour le Podcast du Mde. J’étais content parce qu’il était un peu mieux écrit et avec un meilleur son également.

Cette fois j’étais allé dans un parc à Paris pour embêter directement les lecteurs, afin de leur demander d’où venait le livre qu’il tenait dans les mains, et de manière générale ce qu’ils pensaient des conseils de livres. Et puis j’ai même couru après des joggeur.

Un bon souvenir 🙂

(Je n’ai plus d’autre micro-trottoir sous la main, mais j’aimerai beaucoup renouveler l’expérience un jour, enfin dites moi ce que vous en pensez ! )

Micro-trottoir – Les personnages

 

Pour débuter ma chaîne Soundcloud sur laquelle arriveront des podcasts dans les mois à venir, je poste des choses que j’ai pu faire il y a un certain temps.

C’était en 2016, pour un podcast collectif du Mde, j’avais fait des micro-trottoir en allant interviewer des lecteurs dans un parc. La qualité est pas génialissime, mais c’était la première fois que je faisais ça.

Cet épisode était centré sur demander aux gens quel était leur rapport avec les personnages de romans, comment ils les aiment et ce qu’il leur faut pour pouvoir s’attacher à eux. C’est toujours intéressant, pour ceux qui écrivent, de savoir ce qu’attendent les lecteurs.

J’avais été franchement agréablement étonné de l’expérience : très peu de refus (globalement, une personne sur dix, deux peut-être), et les gens se prêtent volontiers à répondre aux questions. Bien sûr y’a un peu de stress, quand il faut se lancer tout seul, embêter des inconnus qui lisent, les enregistrer, mais une fois cette première appréhension passée, ça se transforme en frénésie de vouloir aller parler à tout le monde.

Il y a un deuxième épisode, et une autre petite chronique que j’avais faite à l’époque, je les posterai également, mais celle-ci c’était vraiment la toute première expérience du genre !

Bonne écoute !

Dernier jour – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Plus de choses à gérer que je ne pensais, à mon retour. Une boite aux lettres qui déborde.

Résultat, je retrouve mes vieilles habitudes dès mon retour : c’est le plein milieu de la nuit, je me brosse les dents sans avoir eu le temps (pris le temps) de me déclarer. Les habitudes d’un chez soi qui a ses défauts, ses mécanismes grippés plus retors à être réglés. Mais ce n’est pas grave.

Face au miroir, je me sens fier. Impossible de le cacher, j’ai ce sentiment de fierté qui déborde et se voit sur mon visage, pour tout ce mois qui vient de passer, pour cette image que je vois à l’instant présent qui, sans avoir fondamentalement changée, me paraît exister. Exister, être là. Comme si j’avais enfin intégré en moi la preuve que oui, j’existe physiquement. J’écrirai peut-être un petit bilan, pour ce qui peut être à venir.

Je suis aussi fatigué que les premiers jours, mais je comprends mieux cette force que je ne maîtrisais pas alors. Je souris.

Je me dis je t’aime, et le pire, c’est qu’en écrivant ces mots j’ai presque oublié que je me l’étais dit.

Parce que ce soir c’était visible.

Jour 31 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Je sens qu’être, durablement et au jour le jour avec des autres, me prend d’une certaine façon de l’énergie. Je ne dis ça ni en terme négatif ni en terme positif, c’est une constatation. Vient un moment le besoin, la nécessité de me recentrer sur moi (je le répète depuis des jours, depuis le moment même où je ne ressentais plus du tout le besoin de me recentrer sur moi) ; épuisement, et sentiment que mon humeur s’échappe, se fond dans celle des autres, se fait avaler, comme une aura collective dans laquelle je disparais peu à peu, avec toutes les difficultés de m’en détacher que cela ajoute.

Malgré tout, aujourd’hui face au miroir, je me reconnais. C’est bête mais je me vois et me reconnais comme moi-même. J’ai peur d’écrire cette phrase cliché, à l’heure où le mois se termine et alors que sans doute dans des jours qui auraient suivis, viendraient d’autres phases de doute. Le cycle des remises en question. Mais je ne peux pourtant nier voir en moi quelque chose de reconnaissable, ou plutôt, une forme de reconnaissance, sans doute. Le fait de voir, de mes yeux, d’autres personnes, fait peut-être aussi qu’en me allant me voir, sous forme de « pause », sans l’avoir prévu ou ruminé, fait que la logique de mon visage s’impose plus ? Comme une forme plus familière que les visages des autres que je vois toute la journée ? Peut-être, je ne suis pas sûr.

Je me le dis et la voix est assurée. Un sourire paraissant plus naturel que réactionnel me vient. Il y a le retour du petit hochement de tête des premiers jours, instinctivement, qui revient également, mais cette fois il ne fait que constater : il est entendu et témoigne de l’évidence de ce que je ressens et non, comme au tout début, dubitatif et hésitant.

Ps : je me brosse les dents avant m’être déclaré aujourd’hui, ça m’a fait rire cette inversion.

Jour 30 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Je crois que ça va. J’ai le temps, aujourd’hui, de faire mon rituel, même si j’ai malgré tout l’impression de m’y présenter dans un esprit de coup de vent. Mais je me sens bien.

Le rapport aux autres a ses bons côtés. Il faut surtout savoir ménager ses instants pour soi. J’ai eu raison dans les jours passés de continuer à temporiser, car j’ai tout de même cette légère impression que la vie avec les autres, au jour le jour, influence une partie du fond de ma dynamique, de mes pensées, que si j’avais plus de distance elles ne seraient pas tout à fait même. Ces jours-ci la distance me paraît bonne ; je me sens ancré dans le réel. Pas spectateur, pas peur de trop être présent non plus. Contours stables, pour reprendre une des images des premiers jours.

J’arrive donc avec une forme d’empressement, comme si je devais me dépêcher (j’ai véritablement aménagé du temps pour ça, il n’y a donc pas de raison). Une forme d’euphorie de l’instant ? Ou je ne ressens pas le besoin de trop m’attarder dessus, à l’inverse total des jours chez moi où je repoussais toute la journée ce moment, où j’avais besoin de le faire durer. J’ai d’ailleurs totalement déconnecté cet instant du brossage de dents depuis des jours, plus besoin de cette béquille.

Je me parle un peu, je ne me souviens plus de quoi. J’ouvre les bras en grand et je me le dis trois fois. Ouaip ça va aller, et il va falloir avancer aussi dans la vie, et on va y aller ensemble.

Je ferai un jour de plus après le jour 31, je serai alors de nouveau seul chez moi.

Jour 29 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Quand je remets en perspective ce que je fais durant ce défi, confronté à ce que les autres en pensent, j’ai encore l’instinct de faire marche arrière. Que leurs avis soient dubitatifs ou encourageants. L’envie de vouloir répondre que « non, je n’arrive pas à me regarder dans le miroir, je n’arrive pas à m’aimer ». Vieux réflexe décourageant. De vouloir me rabaisser face aux autres. De ne pas vouloir les écraser en disant que j’apprends à y arriver et même que j’y arrive désormais de plus en plus – la peur qu’on me croit hautain en le disant. La difficulté de simplement dire que oui, ça va mieux. Mettre à jour le cerveau. L’impression d’être un monstre d’y réussir, que cela provoquerait de la tristesse en ceux qui n’y arrivent pas. Vouloir rabaisser mon image parce que je n’ai pas le droit de l’aimer, de peur de blesser les autres. Pas le droit d’avoir l’insolence d’aimer ce à quoi je ressemble. Pourquoi m’aimer blesserait, incommoderait-ils les autres ?

C’est le plus dur à mettre en perspective, dans cette histoire, qu’une fois passée la porte de la pièce où se trouve le miroir, il y a tout ce rapport aux autres qui peut venir fragiliser ma stabilité interne, qui peut me proposer, me séduire ou m’imposer d’autres visions. Et qu’en faire ensuite, des autres bruits qui se rajoutent à ceux que j’entends en moi ; ça crie à plein de hauteurs d’ondes différentes. Régler tout ça, oui, mais où sont les manettes ?

J’ai deux rides d’inquiétudes qui prennent peu à peu place sur mon front. On me l’avait fait remarquer ; j’essaye de moins froncer. Mais elles sont là, c’est un fait.

J’essaye de réactiver la lueur de rire dans mes yeux. J’y arrive un peu. Je retrouve quelque chose, donc. Je me parle cette fois.

« Je te laisserai pas tomber. »

Difficulté à avaler la salive.

« … Je ne te laisserai plus tomber. »

Jour 28 – Je m’aime, moi non plus

« Je m’aime, moi non plus » est le projet de se dire tous les jours pendant un mois je t’aime face au miroir.

 

Note pour plus tard : il faudrait penser à faire attention aux premières et dernière fois où l’on se voit dans un miroir, au cours d’une journée. Rien ne sert d’instaurer un rituel quotidien trop exigeant avec soi-même, au long terme j’entends (trop redondant, trop centré sur soi-même). Mais simplement faire attention, dans l’intention ou le geste, à la première fois où l’on se voit dans le miroir le matin par exemple, prendre gare à ne pas mal se juger, à avoir une pensée compatissante pour soi, toujours dans l’idée de ne pas se laisser tomber. Ne pas s’oublier une fois face aux autres. Pareil pour le soir, ne pas aller se coucher sur des regrets ou des remords en se voyant. Essayer de se « voir » véritablement, régulièrement (une fois par jour, mais sous la forme d’automatisme inconscient, pas par obligation, comme une tâche de fond qui ne plus d’efforts à surmonter, qui ne remplace pas le rapport aux autres, mais comme un complément de confiance pour interagir dans l’environnement). Se voir, tout simplement, et non projeter dans une vitre, une glace, les attentes, les pensées d’autres instants.

Je t’aime et je pleure. J’aurais du le faire ne serait-ce qu’une heure plus tôt. Après avoir écrit le paragraphe précédent ; j’ai attendu. Là c’est trop tard, je t’aime et je pleure. Pourquoi tout mon moi et ma confiance s’effrite et s’oublie confrontée aux agissements, aux attentes des autres ; je n’y suis plus ce que je suis, plus qu’un conflit entre ce qu’ils veulent et ce que je ressens.

Ma voix s’est étouffée. Je t’aime et c’est toute ma solitude balancée au visage du moi-miroir, de façon un peu trop réaliste. Tout le ratatiné du visage. Je suis incapable de me regarder pleurer.